
Alors que vient de se terminer la conférence interministérielle de Hong Kong, que penser du compromis finalement trouvé ? Dimanche soir, les Français, Jacques Chirac en tête, se félicitaient de ce résultat, certes inespéré, tandis que les altermondialistes s’emportaient contre ce « très mauvais accord ». Sylvie Matelly, Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et startégiques), fait le point.
Quels étaient les enjeux avant la conférence de Hong Kong ?
Les conférences ministérielles sont les « grandes messes » de l’OMC au sein desquelles les ministres du commerce de tous les pays membres de l’OMC se réunissent, au moins une fois tous les deux ans, pour valider les accords trouvés lors des négociations ad hoc. Pourtant, depuis 1999, et l’échec retentissant de la conférence de Seattle, et face à une pression croissante des opinions publiques matérialisée par la présence des ONG et des associations altermondialistes lors de ces conférences, l’obtention, ne serait-ce que d’un compromis, est loin d’être acquise.
C’est dans ce contexte que s’ouvrait cette réunion de Hong Kong avec en plus, une pression énorme sur le tout nouveau directeur de l’Organisation, Pascal Lamy, dont l’objectif initial était de boucler ce programme de Doha pour le développement – objectif qu’on savait illusoire depuis plusieurs mois déjà. Ce programme, lancé en 2001, liait en effet, et ce pour la première fois, les négociations pour la libéralisation du commerce au développement des pays les plus pauvres. Dans ce cadre, ce programme englobait nombre de sujets qui fâchent comme les questions des subventions agricoles des pays du nord ou l’accès au marché. Pour compliquer encore la tache des négociateurs, plusieurs pays émergents étaient parvenus, quelques jours avant le début de la Conférence de Cancun en 2003, à unir leurs efforts pour peser sur les négociations en formant le G 20+, faisant échouer cette réunion.
Enfin, en juillet 2004, les principaux pays membres de l’OMC avaient accepté le principe d’une suppression des subventions aux exportations agricoles sans pour autant donner de date précise quant à ce démantèlement. Les pays du sud, menés par le Brésil, arrivaient donc à Hong Kong pour exiger que cette suppression soit effective dès 2010, alors même que l’UE ne pouvait toucher à sa politique agricole commune avant 2013.
Que s’est-il passé pendant ces quelques jours à Hong Kong ?
Il faut tout d’abord savoir que les négociations allaient bon train au siège de l’OMC à Genève depuis plusieurs mois, tant les difficultés étaient grandes et l’échec annoncé. Pourtant, aucune ébauche d’accord n’avait été trouvée, l’UE se montrait très divisée sur la position à adopter et était montrée du doigt par l’ensemble de ses partenaires parce qu’elle refusait d’accepter le démantèlement de ses subventions aux exportations agricoles pour 2010.
La Conférence a donc démarré très lentement sans réelle avancée des négociations, à tel point que vendredi, les déclarations à la presse des principaux responsables se multipliaient, soit pour regretter le manque d’ambition de cette réunion (Peter Mendelson, commissaire européen ou Rob Portman, son homologue américain), soit pour appeler les pays à prendre leurs responsabilités (Pascal Lamy, directeur de l’OMC).
Finalement, c’est un compromis (a minima diront certains) qui a été accepté à l’unanimité dimanche.
Que penser de ce compromis?
Il est vrai que les avancées en faveur du développement restent faibles, comparées aux bénéfices que génèrent les échanges mondiaux pour les pays industrialisés ou les pays émergents. Elles ont toutefois le mérite d’exister depuis le lancement du programme pour le développement à Doha en novembre 2001.
De plus, elles traduisent une vraie montée en puissance des revendications des pays du sud dans ces négociations commerciales qui, à court terme, complique la tache des négociateurs : il fut un temps où lorsque les Etats-Unis et l’Union européenne parvenaient à un accord, le succès de la conférence était garanti. Néanmoins, cette montée en puissance du Sud pourrait, à plus long terme, rééquilibrer le développement des échanges mondiaux, à condition que l’Organisation Mondiale du Commerce parvienne à dépasser, en repensant ses méthodes, la crise de croissance qu’elle traverse.
En effet, cette semi-réussite de Hong Kong est déjà une avancée notable, même si elle reste symbolique, sur plusieurs aspects : le principe même d’une suppression des subventions agricoles était un tabou avant 2004 ; les pays du sud ont accepté de négocier à l’inverse de ce qui s’était passé à Cancun en 2003. Enfin, n’oublions pas non plus que cette conférence conclut la première décennie d’existence de l’OMC et que, de ce point de vue, et rétrospectivement, même si le parcours a été semé de nombreuses embûches et d’échecs retentissants (Seattle, Cancun…), les négociations ont été intenses, sur des domaines de plus en plus larges (développement, services, agriculture…).
Sylvie Matelly / Yahoo ! Actualités / 20 décembre 2005
 Sylvie Matelly
Directrice de recherche à l'IRIS
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