Irak : Bush à la recherche d'un soutien populaire

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Le président Bush a prononcé hier le dernier d’une série de quatre discours sur la situation en Irak. Au même moment, le vice-président Dick Cheney, se rendait à Bagdad pour témoigner des progrès faits dans la dévolution du pouvoir aux Irakiens.

Or, les conditions mêmes du déplacement de Dick Cheney montrent les limites des progrès enregistrés sur place. On ne peut pas réellement parler, en effet, d’une visite triomphale d’un des plus hauts dirigeants d’un pays qui en a libéré un autre, mais plutôt d’une visite tenue secrète, lourdement protégée, sans contact avec la population, celle de quelqu’un qui sait que sa sécurité est hautement menacée. Ce n’est d’ailleurs que la seconde visite d’un haut responsable américain depuis celle de George W. Bush en décembre 2003.

George W. Bush a tenu compte dans son discours d’hier de l’opposition d’une majorité de l’opinion américaine, en reconnaissant que la situation était difficile. Affirmer l’inverse aurait été un déni de la réalité, insupportable pour ses concitoyens. Il a profité de cette occasion pour de nouveau marteler qu’il n’y avait que deux issues à cette guerre : la défaite ou la victoire.

L’équipe Bush est d’ailleurs de plus en plus inquiète de l’opposition grandissante de l’opinion publique américaine à cette guerre. Plus de 2/3 des Américains y sont désormais opposés. Même des élus républicains commencent à prendre leur distance avec la politique de l’Administration Bush. Dans la perspective des élections à mi-mandat de novembre 2006, c’est sans doute la meilleure chose à faire, s’ils souhaitent être réélus.

Plus gênant encore pour la Maison Blanche, le Sénateur démocrate, John Murtha, un ancien Marine et ex-partisan de la guerre, réclame désormais le retour des troupes. Pour beaucoup, Murtha dit tout haut ce que pensent de nombreux responsables militaires qui craignent un affaiblissement des capacités militaires américaines, ainsi que des capacités d’interventions sur d’autres théâtres d’opération.

On peut dire que la nouvelle politique de communication de l’administration américaine est motivée par l’analyse suivante : ce n’est pas tant le nombre de morts de soldats américains qui peut déterminer l’attitude de l’opinion mais plutôt le fait de continuer une guerre dont ont sait à l’avance qu’elle ne pourra pas être gagnée. D’où l’insistance de George W. Bush sur les deux seuls thèmes de l’alternative : la victoire ou la défaite. La défaite étant inacceptable, il faudra bien attendre patiemment que la victoire arrive. Il n’est cependant pas certain que cela soit suffisant pour convaincre les Américains, car plus le temps passe et plus le spectre d’un troisième scénario, celui de l’enlisement, se précise.

Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), il a dirigé l'ouvrage collectif « L'Année stratégique 2006 » qui vient de paraître chez Dalloz.

Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 19 décembre 2005



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS