
Fabio Liberti analyse la situation politique en Italie après la démission du ministre de l’économie, Domenico Siniscalco.
Est-ce que la démission du Ministre italien de l’économie était attendue à Rome ?
Des rumeurs circulaient dès hier matin, et elles avaient été reprises par ailleurs par les principaux quotidiens de la péninsule. L’affaire Fazio, du nom du gouverneur de la Banque d’Italie mis en cause par la magistrature et par la presse internationale pour sa gestion des OPA étrangères sur des banques italiennes (Antonveneta et Banca Nazionale del Lavoro notamment), a causé un déchirement important au sein du gouvernement.
La totalité de la classe politique avait en effet demandé la démission du gouverneur, complètement décrédibilisé sur la scène internationale. Seule la Ligue du Nord, pour des raisons anciennes liées au sauvetage d’une banque proche de ce parti, autorisé par M. Fazio, avait défendu le gouverneur de toutes critiques. M. Berlusconi, quant à lui, tiraillé entre la volonté de se débarrasser de M. Fazio, et la crainte de voir sa coalition exploser, avait adopté une attitude ambiguë. Or, ce dernier mois Domenico Siniscalco, le Ministre de l’économie, était en première ligne pour demander la démission de M. Fazio, allant jusqu’à proposer une réforme du statut de la Banque d’Italie qui élimine notamment le mandat à vie pour le gouverneur. Il attendait, après avoir eu le feu vert du parlement, la démission de M. Fazio, qui n’est pourtant jamais arrivée. Par conséquent, il a probablement estimé que le gouvernement n'appuyait pas vraiment sa position, et en est arrivé à poser un ultimatum.
Quelles seront les conséquences de cette démission sur la stabilité du gouvernement italien ?
La démission de M. Siniscalco est grave pour le pays à bien des égards. D’abord parce qu’il s’agit du deuxième ministre occupant ce poste à jeter l’éponge, après Giulio Tremonti, qui avait fini dans le collimateur de l’Alliance Nationale de Gianfranco Fini. Deuxièmement parce que la situation économique italienne est très inquiétante. Les déficits filent, et la loi budgétaire est en préparation. On voit mal comment trouver un substitut assez crédible pour imposer des économies de 30 milliards d’euros en quelque mois à peine. Par ailleurs, même avec des économies de cet ordre, l’Italie ne respectera pas le Pacte de Stabilité, ni en 2005, ni en 2006.
Ajouter à cela que les élections générales sont prévues en mai 2006 et que plusieurs membres du parlement au sein de la majorité prônent pour une loi budgétaire généreuse, qui permettrait au centre-droite - en chute libre dans les sondages - de récupérer quelques points. Par ailleurs, le centre-gauche, guidé par Romano Prodi, a immédiatement demandé des élections anticipées, vu le degré d’instabilité du gouvernement Berlusconi, ces derniers mois.
Le sort de Silvio Berlusconi, est-il vraiment scellé ?
On ne peut jamais prévoir exactement les résultats des élections six mois à l’avance. Ce qui est certain, c’est que la coalition de centre-droit semble être dans le chaos le plus total. Elle est composée par quatre partis qui semblent avoir en ce moment des priorités et des recettes complètement différentes pour le pays.
L’UDC, parti centriste qui regroupe 5% des électeurs italiens environ, a clairement notifié à Silvio Berlusconi une demande de changement de leadership. La Ligue du Nord est uniquement dans l’attente de l’approbation par le parlement d’une réforme fédéraliste qui laisserait aux régions des pouvoirs assez larges. L’Alliance nationale semble occupée par une guerre interne entre différents clans, similaire à ce qui arrive au PS français. Forza Italia, quant à elle – la création de M. Berlusconi -, se demande ce qu’elle va devenir sans son leader absolu, en cas de défaite aux élections.
Ce qui est certain, pour l’heure, c’est la dégradation de la situation économique du pays, avec une croissance zéro, le déficit à 4,5% du PIB, la perte de crédibilité au niveau international, le manque de réformes nécessaires, et les sondages qui donnent le centre-gauche avec dix points d’avance. De plus, aucun nom ne se dégage pour la succession du ministre de l’économie, M. Siniscalco, ce qui pourrait amener le Président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, a faire pression pour des élections anticipées qui tourneraient à la catastrophe pour le centre-droit.
Fabio Liberti / Yahoo ! Actualités / 22 septembre 2005
 Fabio Liberti
Chercheur à l'IRIS
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