Tensions franco-algériennes

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A propos du tête-à-tête franco-algérien, tout a été dit ou presque. Le dialogue entre les deux pays n’a souvent été qu’une illusion parfois entretenue, parfois maladroite, mais toujours basé sur le ressentiment ou l’amertume des uns et des autres.

Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, les élites de part et d’autre ont conservé ce quiproquo historique, pour des raisons assez différentes mais, qui en fin de compte, se rejoignent : assurer pour les dirigeants algériens la pérennité de leur pouvoir, et garantir pour les Français leur influence dans ce qu’ils considèrent comme leur pré-carré. Ce jeu de miroir avait, évidemment, l’avantage de rassurer les uns et les autres sans jamais à avoir à s’interroger sur les évolutions de l’autre Algérie.

En quatre décennies ; les relations diplomatiques franco-algériennes ont connu tour à tour des moments d’euphorie - voyage officiel du Président Giscard d’Estaing en 1975 - , et de graves tensions - avec notamment la question du Sahara occidental ou encore après la décision de nationaliser les hydrocarbures. Plus récemment, c’est la guerre qu’a vécue l’Algérie qui a été l’objet de confrontations entre les deux pays, notamment après le détournement de l’Airbus d’Air France, à Noël 1994.

Tout au long de cette histoire tumultueuse le personnel politique algérien s’est peu renouvelé, et a entretenu l’image manichéenne d’un pays luttant pour sa souveraineté. Cette rhétorique est devenue un véritable fond de commerce idéologique qui se brisera avec les émeutes d’octobre 1988. Dès lors, la refondation diplomatique attendue a été dans un premier temps conditionnée par l’aide économique apportée par la France, soutenant le rééchelonnement de la dette extérieure de l’Algérie en 1993.

C’est l’accession à la présidence d’Abdelaziz Bouteflika en 1999 qui va marquer un tournant et une volonté nouvelle de construire, enfin, un avenir basé sur les intérêts réciproques des deux Etats. Jacques Chirac effectuera une visite d’Etat qui sera le véritable point de départ de cette nouvelle relation, les échanges se multiplient : diplomatiques, culturels, commerciaux et politiques.

La lune de miel dure un peu plus de 5 ans, jusqu’à ce que l’adoption par le Parlement français d’une loi, le 23 février 2005, « reconnaissant les aspects positifs de la colonisation », ne mette à nouveau le feu aux poudres. Le traité d’amitié dont la signature a été reportée une première fois, semble compromise, et les échanges deviennent violents, voire menaçants, le ministre algérien du Commerce Extérieur déclarant même ne plus signer de contrats avec des entreprises françaises.

Le climat de ces derniers mois annonçait le pire, mais à l’occasion du 14 juillet, le président algérien a adressé à son homologue français une lettre chaleureuse dans laquelle il a rappelé son intention de « maintenir le cap », et sa volonté d’apaisement, après le baroud d’honneur de la « famille révolutionnaire ».

A défaut de mémoire commune cette constance du président algérien, souligne les intérêts communs entre les deux pays méditerranéens de construire un avenir durable. En définitive ce qui se joue désormais entre la France et l’Algérie, c’est la nécessité de redessiner ensemble un nouvel équilibre régional.

Kader Abderrahim / pour l’IRIS et Yahoo ! Actualités / 25 juillet 2005



Kader Abderrahim
Chercheur associé