La «méthode Blair», efficace pour un troisième mandat ?

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Le parti travailliste vient de remporter, pour la troisième fois consécutive, les élections législatives du Royaume Uni. Si le gouvernement Blair a su maintenir une croissance économique solide, il devra faire face à de nombreuses difficultés pour continuer dans cette voie lors de ce troisième mandat. Sylvie Matelly, économiste à l’IRIS en analyse les raisons.

Le parti travailliste vient de remporter, pour la troisième fois consécutive, les élections législatives, et ce, malgré un engagement militaire en Irak mal compris et très critiqué. Pourtant, la victoire du parti de Tony Blair n’a jamais vraiment été menacée pendant cette campagne grâce à un bilan économique flatteur qui a amoindri toutes les critiques. En effet, le Royaume Uni affiche une croissance économique solide que le ralentissement de l’économie mondiale a peu affecté en 2002 et 2003, un revenu par habitant en constante progression depuis 10 ans, dépassant même celui de la France, un quasi plein emploi avec un taux de chômage avoisinant les 4% de la population active. Le bilan de l’action du Labour au gouvernement, c’est également à la fois la renaissance de la City comme place financière qui compte, et la redynamisation de l’innovation, mais aussi la création d’un SMIC (qui a même augmenté de 40% depuis 6 ans) ; une dette publique inférieure à 40% du PIB (là où les Français sont aujourd’hui plus proches des 70%, et là où les Italiens dépassent allègrement les 100% !). Et de fait, cette action politique tous azimuts est l’une des caractéristiques de la « méthode Blair », une méthode fondée, entre autres choses, sur une démarche pragmatique (faute d’être toujours très cohérente avec la ligne directrice du parti travailliste), et sur une confiance retrouvée dans le modèle économique. En effet, cette idée de confiance peut apparaître anecdotique, elle est pourtant au coeur de la stratégie politique de Tony Blair. En redonnant confiance aux consommateurs britanniques et en s’assurant un soutien massif des milieux d’affaires, il a largement déterminé la réussite économique du Royaume Uni.

Le pragmatisme est un autre élément clé de la « méthode Blair ». Oubliant les dogmes idéologiques qui caractérisent souvent les partis politiques, Tony Blair a construit son projet économique sur l’idée que pour mener une politique sociale, il faut en avoir les moyens, et que la première des politique sociales est celle qui permet à un pays de retrouver une croissance durable. Il a par conséquent commencé son premier mandat en s’attelant à la modernisation du modèle économique (indépendance de la banque d’Angleterre, politique d’innovation et de formation, lutte contre le chômage…) dans le respect toutefois de la concurrence et de la libéralisation engagée par ses prédécesseurs conservateurs. Et ce n’est que dans un deuxième temps, au début de son second mandat, qu’il s’est véritablement lancé dans la rénovation des services publics, augmentant très notablement ses dépenses publiques (au point que le Royaume Uni ne respecte plus en 2004 le critère des 3% de déficit public imposé par le Pacte de stabilité aux pays de la zone euro).

Que va-t-il advenir lors de son troisième mandat ? Nombre d’analystes commence déjà à commenter l’affaiblissement de « la méthode Blair » tant à la chambre des communes qu’au sein même du parti travailliste. Certes, les investissements dans les services publics n’ont pas encore donné les résultats escomptés, certes, Blair n’est pas parvenu, malgré son engagement européen, à vaincre l’euroscepticisme des anglais… Et de fait, son action politique apparaît certes ambitieuse et sans préjugé, mais trop consensuelle par certains aspects, voire parfois contre productive. Pourtant, l’homme politique a des ressources et il ne serait pas surprenant qu’il tente par ce troisième et dernier mandat d’imposer, enfin, ses convictions les plus profondes sur le rôle de l’Etat et les services public, ainsi que sur la construction européenne !

Sylvie Matelly est Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste en économie internationale.

3 questions à Sylvie Matelly / pour IRIS et Yahoo ! Actualités / 11 mai 2005





Sylvie Matelly
Directrice de recherche à l'IRIS