7ème Conférence d'examen du Traité de Non Prolifération : «Le constat est pessimiste».

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La septième conférence d'examen du Traité de Non Prolifération (TNP), qui se déroule à New York du 2 au 20 mai, est le grand rendez-vous des questions d'Arms Control. Quel est aujourd'hui l'état de la prolifération des armes nucléaires ?

Comme c'est généralement le cas, cette conférence a été précédée de quelques gesticulations de la part des principaux Etats proliférants, la Corée du Nord et l'Iran en particulier, comme pour se rappeler au bon souvenir des 188 pays qui participent aux réunions. Le 1er mai, la Corée du Nord a ainsi procédé à un essai de missile de courte portée en mer du Japon, faisant une fois de plus monter la pression sur la possibilité du régime de Pyongyang de produire des armes nucléaires, et de les équiper sur des engins balistiques. La veille, l'Iran avait menacé de reprendre la conversion d'uranium (tout en affirmant que cela serait à des fins civiles et non militaires), mettant ainsi en péril les négociations diplomatiques en cours avec les Européens, et soutenues par Washington.

De façon générale, la conférence s'est ouverte sur un constat pessimiste quant à l'état de la prolifération, Mohammed El Baradeï, directeur de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), estimant même que 30 à 40 Etats pourraient prochainement se doter de l'arme nucléaire. La situation s'est considérablement dégradée au cours des dernières années et, si elle semblait en perte de vitesse dans la deuxième moitié des années 90, la prolifération des armes nucléaires semble promise à un bel avenir. Il faut cependant rappeler que la Libye a accepté de renoncer définitivement à toute tentative proliférante, mais cela fut le résultat de négociations bilatérales menées par Washington et Londres, et par conséquent on ne peut pas parler ici de véritable victoire du régime international de contrôle des armements.

Quelles sont les priorités dans l'agenda de cette conférence ?

Pour la première fois, la conférence d'examen du TNP risque de laisser de côté les avancées en matière de désarmement, au détriment de la non prolifération. A l'occasion de la conférence précédente, en 2000, les cinq puissances nucléaires reconnues par le TNP (Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine) s'étaient engagées à respecter un plan de désarmement en treize étapes. Or, cinq ans plus tard, aucune avancée n'a été constatée dans ce domaine, et les Etats concernés refusent des inspections approfondies de leurs sites. Les Etats-Unis et la Russie se sont entendus, en 2002, sur le principe d'un désarmement bilatéral, mais qui n'offre pas de réelle garantie, notamment en ce qui concerne la mise hors service de certains stocks. De même, le Pentagone souhaiterait autoriser la fabrication d'armes nucléaires de faible intensité, dites tactiques, permettant de détruire des bunkers et des cibles enterrées. Ces perspectives sont officiellement dénoncées par le TNP, mais il sera difficile d'arrêter Washington sur cette question si le Sénat américain donne raison au Département de la Défense. La situation n'est pas la même qu'en 2000, notamment parce que les Etats-Unis ne croient plus aujourd'hui en la capacité du multilatéralisme à endiguer la prolifération des armes de destruction massive, et préfèrent mettre en avant une dissuasion renforcée, et offrant une panoplie plus large de capacités nucléaires.

Le régime de non prolifération pourrait-il souffrir de perspectives peu optimistes ?

Sous l'impulsion des puissances nucléaires, le volet désarmement de la conférence d'examen semble désormais totalement éclipsé par la nécessaire lutte contre la prolifération qui, si elle est la priorité de l'agenda de l'Arms Control, ne doit pas en être le seul objectif. Ce sont ces divisions entre Have et Have not (qualifiant les Etats qui ont l'arme nucléaire et ceux qui ne l'ont pas), et entre ceux qui font du désarmement la priorité et ceux qui favorisent la lutte contre les Etats potentiellement proliférants qui pourraient conduire à une véritable impasse dans une approche multilatérale de l'Arms Control. Ce serait donc, plus que le régime de contrôle des armements, les perspectives en matière de désarmement qui pourraient souffrir des orientations prises par les puissances nucléaires, les Etats-Unis en tête, dans un contexte post-11 septembre (bien que la Nuclear Posture Review, véritable redéfinition de la doctrine nucléaire américaine, a été rendue publique début 2002, et est donc le résultat d'une réflexion antérieure aux attaques terroristes). Mais le décalage existant plus que jamais entre Have et Have not pourrait s'étendre à la société civile, les nombreuses ONG présentes à New York reprochant aux puissances nucléaires de ne pas montrer la voie en refusant d'avancer vers un désarmement complet.

3 questions à Barthélémy Courmont / pour IRIS et Yahoo ! Actualités / 4 mai 2005





Barthélémy Courmont
Chercheur à l'IRIS