Ukraine : « les défis que Iouchtchenko devra relever seront importants».

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La prise de fonction de Victor Iouchtchenko marque la fin de la crise politique en Ukraine. Quelles sont les priorités du nouveau président ?

Le nouveau président ukrainien a annoncé sa volonté de rupture avec le régime Koutchma symbolisé par les liens incestueux entre le pouvoir et les clans oligarchiques mafieux. Victor Iouchtchenko porte les espoirs de la société civile ukrainienne, véritable moteur de la " révolution orange ". Ceci dit, les défis qu'il devra relever seront importants. Les inerties, le poids des habitudes et de la bureaucratie ukrainienne sont lourds. Par ailleurs, la nomination de Ioulia Timochenko à la tête du gouvernement ukrainien est un signal ambigu : elle a des vues très tranchées sur les réformes à conduire, mais elle est en même temps le pur produit de la transition post-soviétique. Elle doit en effet son ascension à l'ancien Premier Ministre, Pavlo Lazarenko, aujourd'hui incarcéré en Californie pour blanchiment d'argent ; elle a fait fortune grâce au monopole qu'avait sa société sur la distribution du gaz importé de Russie. Ceci dit, " cette oligarque en voie de rédemption " a la confiance du nouveau Président. Par ailleurs, il y a des inquiétudes quant à la stabilité politique en Ukraine. En effet, le pays va très rapidement entrer dans une nouvelle phase électorale. Des élections législatives cruciales auront lieu en mars 2006 et on peut craindre que cette période pré-électorale ne soit pas propice à des réformes en profondeur.

Moscou avait ouvertement soutenu Victor Ianoukovitch. Va-t-on assister à un refroidissement des relations ukraino-russes ?

Les positions respectives de Victor Iouchtchenko et Victor Ianoukovitch avaient été très largement caricaturées au cours de la campagne électorale. Schématiquement, s'opposait Ianoukovitch, présenté comme le dauphin du pouvoir ukrainien et le candidat de Moscou, et Iouchtchenko, présenté comme le candidat pro-occidental. Tout cela est à nuancer. Ianoukovitch, en effet, avait pris un certain nombre de positions contraires aux intérêts de la Russie. Par exemple, sur le dossier du pipeline Odessa-Brody. Pour sa part, Victor Iouchtchenko, s'il est partisan d'un rapprochement avec les structures euro-atlantiques, n'a jamais professé une rupture avec Moscou.

La Russie s'est beaucoup impliquée dans la campagne électorale. Elle a adopté une attitude à maints égards irrationnelle vis-à-vis de Iouchtchenko, qu'elle identifiait à l'OTAN. La visite de Iouchtchenko à Moscou, le lendemain de sa prise de fonction, s'inscrit dans une volonté d'apaisement. Des deux côtés, on est bien conscient de la nécessité de recoller les morceaux. La priorité sera donnée dans un premier temps aux dossiers économiques - plus consensuels. Et la Russie et l'Ukraine ont en effet intérêt au développement des liens économiques. La Russie ne peut pas se passer de l'Ukraine pour ce qui est du transit de son gaz vers l'Europe. Inversement l'Ukraine ne peut pas se passer du marché russe pour écouler un certain nombre de produits, et elle dépend des hydrocarbures russes.

Quelles sont les perspectives européennes de l'Ukraine ?

Iouchtchenko a annoncé sa volonté de rapprochement avec l'UE. Il a même mentionné comme objectif l'intégration de l'Ukraine au sein de l'UE. Ceci dit, on est bien conscient en Ukraine qu'il s'agit là d'un objectif à long terme. Le chemin sera long : des réformes économiques, politiques, sociales, extrêmement importantes et sans doute douloureuses seront nécessaires pour parvenir à cet objectif . D'autre part, il n'est pas certain qu'en Europe, en particulier dans la " vieille Europe ", il y ait accord pour envisager la perspective d'une intégration de l'Ukraine à l'UE. En effet, aujourd'hui la question est celle de la ratification de la constitution, de la Turquie. Beaucoup sont réticents à envisager un nouvel élargissement. Mais l'Ukraine peut compter sur le soutien des nouveaux états membres en particulier les Polonais qui se sont faits les avocats de ce pays lors de la crise politique de décembre, et qui vont pousser pour qu'elle soit considérée comme un candidat légitime.

par Arnaud Dubien / lettre d'information de l'IRIS n°114 / 26 janvier 2005