Barah Mikaïl


La Syrie cherche à devenir respectable et respectée mais elle restera intransigeante
Barah MIKAÏL par Audrey Garric (Le Monde.fr, 13 novembre 2009)



“Israël joue sur les mots.” C'est par ces termes plutôt secs qu'à l'issue de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, vendredi 13 novembre à Paris, le président syrien Bachar Al-Assad a opposé une fin de non-recevoir au Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou qui s'était dit prêt à le rencontrer sans condition préalable. La raison ? Bachar Al-Assad exige que les discussions israélo-syriennes portent sur la restitution des territoires occupés par Israël dans le Golan depuis 1967.

Pourquoi la Syrie a-t-elle refusé de rencontrer Israël ?

Les Syriens souhaitent récupérer le plateau du Golan, occupé par les Israéliens depuis la guerre des Six-Jours et annexé par l'Etat hébreu en 1981, mais pas à n'importe quel prix. Ils exigent un retour aux positions de 1967, et notamment un accès au lac de Tibériade. Ce qu'Israël refuse pour l'instant. Bachar Al-Assad préfère par ailleurs des négociations indirectes, par l'intermédiaire d'experts, étant donné le lourd contentieux qui oppose les deux pays.

La Syrie a donc besoin d'un médiateur et souhaite que ce soit la Turquie, en qui elle a confiance. Mais Ankara a annulé un entraînement militaire avec Israël en octobre et a stoppé sa médiation lors de l'opération israélienne contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009. Israël, au contraire, préférerait que le médiateur soit américain ou français. Mais la récente dégradation des relations entre Benyamin Nétanyahou et Barack Obama d'une part, et Nicolas Sarkozy d'autre part, pourrait faire pencher la balance en faveur de la Turquie comme médiatrice du conflit syro-israélien.

La Syrie se trouve-t-elle aujourd'hui dans une position délicate sur la scène internationale du fait de son intransigeance ?

Non, car la Syrie n'est pas en position de demandeur. Les autres Etats ont besoin de ses relations avec le Hamas dans le conflit israélo-palestinien et avec le Hezbollah pour le Liban. C'est pourquoi elle peut se permettre de refuser de signer l'accord d'association proposé par l'Union européenne. Elle craint que cet accord se transforme en contrainte et que les aides économiques qu'elle pourrait recevoir soient assorties de contreparties politiques.

Si la Syrie accepte aujourd'hui l'aide et les bonnes relations avec la France, elle préférerait toutefois qu'il s'agisse des Etats-Unis. Elle attend une normalisation des relations avec ces derniers et estime que la balle est dans leur camp.

Quels sont les points de blocage des relations syro-américaines ?

La Syrie a récemment fait des efforts pour améliorer ses relations avec les Etats-Unis. Elle a contribué au déblocage de la situation au Liban en juin dernier lors des élections législatives et a renforcé le contrôle à ses frontières avec l'Irak pour enrayer les transferts de djihadistes. Du côté américain, on observe aussi des signes de rapprochement puisque trois délégations se sont rendues à Damas depuis juin. Toutefois, les Etats-Unis ont reconduit leurs sanctions à l'égard de la Syrie et ne l'ont pas invitée à la dernière réception des ambassadeurs du Moyen-Orient à la Maison Blanche. Des méfiances persistent.

De plus, la Syrie cherche aujourd'hui à devenir respectable et respectée mais elle restera intransigeante sur certains points, qu'elle estime nécessaires à sa stabilité et sa sécurité. C'est le cas de ses relations avec le Hamas, le Hezbollah et l'Iran, avec qui elle est liée mais aussi dépendante économiquement. Ainsi, si la Syrie peut demander à l'Iran d'intervenir en faveur de la libération de la Française Clotilde Reiss, elle n'exercera pas de coercition envers Téhéran.