Barah Mikaïl


Embrasement de la situation et des perspectives
par Barah MIKAÏL (Le courant.info, 20 avril 2008)



La situation actuelle évolue en toute logique : absence de négociations politiques israélo-palestiniennes dignes de ce nom, d’où une latitude pleine et entière à la violence et aux options les plus radicales. Le Hamas, poussé dans ses derniers retranchements, insiste sur le fait qu’il est loin d’être en pleine déconnexion avec les aspirations générales de la population palestinienne ; le Fatah, qui a trouvé à travers les pays occidentaux en général un moyen de prétendre à une nouvelle existence politique en dépit de sa perte des élections législatives de janvier 2006, fait dès lors tout pour l’emporter, d’un point de vue politique et gestionnaire s’entend, sur le Hamas et les autres formations islamistes ; Israël, pour sa part, a à sa tête un Premier ministre loin d’être populaire, qui, quand bien même il voudrait ouvrir un canal franc de négociations avec l’ensemble des formations palestiniennes, se verrait dès lors critiqué par ses adversaires politiques, voire par des personnes issues de son propre parti, Kadima. Ainsi, à ce manque de perspectives politiques répond clairement le développement de méthodes et logiques militaires, et le résultat est un nouvel embrasement de la situation et des perspectives.

Une porte de sortie ?

Les Etats-Unis étaient et restent incontournables. Ils ont bien entendu un penchant et une préférence pour la prise en considération des requêtes israéliennes, ce qui n’est en rien une nouveauté. Mais dans le même temps, même ce parti pris ne les empêche pas d’être indispensables pour la relance de négociations pour la paix, que ce soit aux yeux du Fatah ou même du Hamas, contrairement à ce que l’on peut souvent croire. Néanmoins, et contrairement à une thèse qui circule fréquemment, la conférence d’Annapolis a été tout sauf un sommet de relance effective des négociations pour la paix. Depuis la fin du mandat de Bill Clinton, il n’y a pas eu de négociations pour la paix, les rencontres au sommet intervenues depuis lors s’apparentant à de seuls entretiens généraux, sans perspectives concrètes, sans engagements, et sans lendemain. Pourtant, les faits sont clairs, et n’ont que très peu varié le long de ces dernières années : l’enjeu principal réside en l’occupation par Israël de territoires palestiniens et arabes depuis la guerre des Six-Jours de juin 1967. C’est autour de cette seule question, accompagnée de la clarification du statut des colonies israéliennes, de la définition du statut à terme de Jérusalem-Est, et de la clarification des perspectives liées au droit au retour des réfugiés palestiniens, que tourne la nature des relations israélo-palestiniennes. Dès lors, soit des négociations sont provoquées au plus vite, pressions américaines aidant, et les acteurs discutent et trouvent des solutions à ce qui les fâche réellement ; soit l’on continue à focaliser sur des critères autres, et la question ne prendra qu’encore plus de temps à pouvoir trouver des solutions concrètes. Or, pour l’heure, il semble quelque peu optimiste de croire en la perspective d’une clarification de ces aspects et de la création d’un Etat palestinien avant la fin de l’année 2008, comme semblent le croire, ou vouloir le faire croire, les Etats-Unis.

Barah Mikaïl est chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) à Paris, enseignant à l’Université Paris-VIII et auteur de La Politique américaine au Moyen Orient.