
Quel ticket pour les Républicains ?
par Barthélémy COURMONT et Colin GERAGHTY (IRIS, 15 avril 2008)
Alors que les Démocrates continuent de se focaliser sur la rivalité entre Barack Obama et Hillary Clinton, John McCain prépare l’élection générale de novembre et peut à loisir mettre au point à la fois son image et sa stratégie. A cet égard, le choix peut-être le plus important qu’il doit faire est celui d’un colistier. Parmi les avantages dont il dispose, la bataille au sein du parti de l’âne lui permet de disposer de suffisamment de temps pour procéder lentement et de façon méthodique : il a d’abord étudié les processus de sélection adoptés dans les scrutins passés, puis s’est penché sur les résultats de ces démarches en examinant les tickets créés, afin de s’assurer un ticket aussi solide et rationnel que possible. Il s’agit en effet d’un calcul éminemment politique, pour ne pas dire politicien, car le colistier peut jouer un rôle important et actif dans la campagne. On serait même tenté de dire qu’il a fonction bien plus active que le vice-président, dont les tâches sont de trancher au Sénat en cas d’un vote 50-50, puisqu’il est président de cette chambre, et d’être en vie pour pouvoir remplacer le président élu si jamais celui-ci ne pouvait plus assurer ses fonctions ! Si les électeurs ne votent jamais pour le bas du ticket, celui-ci permet au candidat de se dédoubler, de disposer d’un remplaçant d’envergure nationale qui puisse servir aussi faire le « sale boulot » (comme mener des attaques frontales contre l’autre camp) à la place du candidat qui conserve ainsi un profil plus noble.
Plusieurs objectifs entrent en compte dans la recherche d’un colistier, classés différemment suivant les candidats et la tactique adoptée. De façon schématique, deux stratégies s’offrent à McCain : choisir quelqu’un qui compense ses faiblesses pour « équilibrer » le ticket, ou renforcer son profil actuel en sélectionnant un vice-président (ou une vice-présidente) qui présente les mêmes atouts. Néanmoins, qu’il suive l’une ou l’autre de ces deux voies, il existe certains critères selon lesquels il peut évaluer les choix possibles :
- Le critère « idéologique ». Pour un homme comme McCain, peu apprécié par la base conservatrice du Grand Old Party, choisir un colistier qui soit plus en phase avec cet électorat, que ce soit par ses valeurs sociales ou ses positions économiques, présenterait l’avantage de consolider le soutien du parti uni derrière sa candidature. S’il estime au contraire que le parti finira par se rallier face au candidat (ou à la candidate) démocrate grâce à l’action de conseillers comme Karl Rove, mais aussi le président Bush qui demeure populaire au sein de son parti, il pourrait opter pour quelqu’un susceptible de plaire aux indépendants et même à des démocrates modérés. Cette aide pour capter les voix du centre pourrait être décisive, étant donné que le centre détient généralement la clef de l’élection générale et qu’il s’est tout particulièrement imposé au cours des Primaires de 2008.
- Le critère géographique ou régional : dans un pays aussi vaste et diversifié que les Etats-Unis, et dont le système fédéral favorise l’éclosion d’identités régionales, il est difficile pour une seule personne de plaire partout. Or certains Etats sont considérés comme des « balanciers », capables de pencher aussi bien pour un parti que pour l’autre, par exemple la Floride, mais aussi, cette année, le Minnesota (surtout si McCain choisit Pawlenty, voir plus bas). Dans une élection qui s’annonce serrée, faire basculer l’un d’un de ces Etats pourrait être suffisant pour faire la différence, et choisir un colistier capable de l’aider voire même de lui garantir une région ou un Etat contesté devient séduisant.
- Le critère « thématique », les forces du profil du colistier : compléter le profil de McCain en apportant des qualités dans les domaines que ce dernier maitrise moins (notamment l’économie), ou une expérience complémentaire (un gouverneur issu de l’Exécutif pour compléter un sénateur habitué au pouvoir législatif, par exemple). Cette année, choisir quelqu’un d’autre qu’un homme blanc peut paraitre plus important que d’habitude, étant donné que le parti démocrate présentera une candidate ou un candidat noir.
- Le poids financier : la capacité à lever des fonds est essentielle, d’autant plus que lors de la campagne générale, le candidat n’a guère le temps de participer à des collectes de fonds, tâche qu’il délègue souvent à son colistier. Cette dimension est d’autant plus importante cette année que McCain va devoir affronter l’un de des deux candidats les plus prolifiques de l’histoire en matière de recettes, quel que soit le vainqueur dans le camp démocrate.
- Le critère le plus important : si toutes les qualités évoquées ci-dessus ont une certaine importance, qui varie selon les candidats, il en est une qui s’impose à chaque fois (hormis peut-être en 1988 lorsque George H. W. Bush choisît Dan Quayle, et en 2004 lorsque George W. Bush a décidé de ne pas changer de vice-président malgré les problèmes de santé de Cheney). Que le colistier soit un homme ou une femme, jeune ou plus âgé, blanc, noir, hispanique ou même asiatique, il doit impérativement être crédible aux yeux de l’électorat en tant que président potentiel. Le vice-président peut être appelé à tout moment à devenir président, de façon immédiate et sans passer par une élection : c’est pourquoi le colistier doit convaincre d’emblée qu’il est à même d’assumer la présidence sans sourciller, si jamais il arrivait quelque chose au président élu qui l’empêchât d’assurer ses fonctions. De ce fait, les candidats ont tendance à privilégier quand ils le peuvent quelqu’un disposant d’une certaine renommée sur la scène nationale. Si McCain remporte l’élection générale en novembre prochain, il serait le président le plus âgé de l’histoire des Etats-Unis au moment de son élection, ce qui rend la sélection d’un colistier « présidentiable » d’autant plus nécessaire, sans pour autant que ce soit quelqu’un qui fasse de l’ombre au sénateur de l’Arizona.
Il faut cependant nuancer un peu cette présentation, dans la mesure où le colistier n’a généralement qu’un impact limité sur la prise de décision des électeurs, même s’il peut contribuer de multiples autres façons à la campagne. Il importe donc que la personne choisie, à défaut d’être un atout décisif, ne nuise pas à la campagne, ou plutôt que le ratio avantages-inconvénients soit le plus élevé possible. De ce fait, une valeur sûre est préférable, ainsi que quelqu’un qui a déjà été suivi par les médias, afin d’éviter des surprises qui dans une campagne présidentielle sont toujours négatives, à l’instar de Geraldine Ferrano en 1984. Choisir quelqu’un de connu répond à la fois à l’enjeu de la crédibilité et constitue pour le candidat une garantie que la personne qu’il choisit ne lui nuira pas d’une façon imprévue et soudaine. Le colistier doit demeurer au service de McCain, et à tout le moins ne pas constituer un handicap pour sa candidature.
Une bonne entente personnelle entre le candidat et son colistier peut être un facteur supplémentaire de poids, comme l’illustre a contrario l’exemple du tandem Kerry-Edwards en 2004, quand les différences entre les deux hommes et l’absence de points communs entre eux ont fait d’Edwards un colistier peu énergique, refusant souvent de soutenir des décisions qu’il n’approuvait pas, loin la passion qu’il avait affichée dans sa propre campagne. Certains proches de Kerry lui reprochent même d’avoir en 2004 veillé à s’associer de près à la candidature de Kerry pour préserver ses chances en 2008, de même qu’il aurait rechigné à remplir son rôle d’homme de main pour maintenir son propre profil en vue de 2008.
La question des relations humaines est peut-être plus importante encore pour un homme comme McCain, que son passé militaire et son tempérament personnel rendent peu disposé au compromis et portent à accorder davantage de valeur à la loyauté et l’entente personnelle. Ainsi, il ne faut pas exclure la possibilité pour le sénateur de l’Arizona d’exclure d’emblée des candidats séduisants, mais pas assez proches de lui. On pense ainsi à Mitt Romney (voir plus bas), qui s’est opposé à lui lors des Primaires républicaines.
Après cette clarification des enjeux entourant le choix d’un colistier, et les enjeux propres à John McCain dans cette campagne, on peut passer en revue une courte liste (loin des 20 candidats retenus officiellement par McCain) des noms ayant les plus de chances de se retrouver sur le ticket républicain cette année :
Mitt Romney (ancien gouverneur du Massachusetts ; candidat à la candidature du parti Républicain en 2008 ; 61 ans)
Mitt Romney est peut-être le candidat idéal pour McCain, du moins sur le papier. Avant que ce dernier ne se détache clairement lors du Super Tuesday, Romney était son rival le plus sérieux. Cette campagne lui a permis de se faire connaître sur la scène nationale, et a fait de lui une figure crédible dans le rôle d’un éventuel président, avec un profil national. Multimillionnaire, il apporte un savoir-faire et une expérience de l’économie qui font cruellement défaut au sénateur de l’Arizona, surtout dans le difficile contexte actuel. En outre, sa fortune personnelle est un atout non négligeable, de même que ses bonnes prestations en termes de récoltes de fonds. Son passé de gouverneur lui confère un statut d’homme d’action, capable de diriger une administration grâce à son expérience du pouvoir exécutif que n’a pas McCain. Depuis qu’il s’est retiré de la course à l’investiture républicaine, il n’est pas demeuré inactif, restant en contact avec de nombreux soutiens, se déplaçant pour les soutenir à son tour (rappelons que 2008 est également une année électorale législative), bref conservant et renforçant son réseau dans tout le pays. Agé de 61 ans, il paraît relativement jeune mais pas au point d’exposer McCain à une critique sur le thème : vous prônez l’expérience mais choisissez quelqu’un qui n’en a aucune. Enfin, il s’est publiquement déclaré en faveur de McCain, qu’il a accompagné dans l’Utah, où il est né, pour le soutenir dans sa campagne. Or, étant donné le poids relativement faible de l’Utah, on peut penser que cette invitation de la part de McCain ne visait pas simplement à s’assurer les 4 voix de grands électeurs dans l’élection générale. Enfin, atout peut-être le plus évident, il peut parler aux conservateurs, même si tous ne l’aiment pas (certains parce qu’il est mormon, d’autres parce que sa conversion aux thèmes conservateurs est relativement récente). Il faut rappeler que ce penchant conservateur et la campagne agressive qu’il a menée contre McCain rendent les deux personnalités presque incompatibles, mais que Romney est personnellement un homme plutôt modéré, très proche du profil de McCain, et qu’il a adopté cette posture plus radicale à des fins électorales. Mais il est vrai que ce calcul renforce pour beaucoup l’impression qu’il s’agit là d’un homme prêt à dire tout et son contraire pour séduire l’électorat (voir la question de l’avortement). Enfin, les deux hommes ne paraissent guère abriter de tendres sentiments pour l’autre ; or l’absence de complicité peut jouer un rôle important, comme en atteste l’attitude de John Edwards en 2004.
Tim Pawlenty (gouverneur du Minnesota, co-président national de la campagne de McCain et soutien très actif depuis décembre 2006 sans discontinuer ; 47 ans).
Tim Pawlenty est un fidèle de McCain (ils se connaissent depuis les années 1980) et ne l’a jamais déserté depuis le début de cette campagne ; s’il est vrai que la loyauté ne suffit généralement pas en politique, Pawlenty dispose d’autres atouts à faire valoir que sa seule constance. Comme Romney, il est gouverneur ; mais contrairement à ce dernier, il serait utile pour remporter le Minnesota (seul Etat ayant voté démocrate dans les huit dernières élections présidentielles) voire même la région environnante – et historiquement, celui qui remporte la vallée du Mississippi remporte souvent la Maison-Blanche. Son histoire personnelle fait partie du « rêve américain », dans la mesure où il est parti de pas grand-chose (premier de sa famille à être allé à l’université, élevé avec ses quatre frères et sœurs par son père chauffeur de camion, il a perdu sa mère des suites d’un cancer alors qu’il avait 16 ans) et a réussi à se faire élire gouverneur. De ses origines, il conserve certains accents de populisme, mais dans l’ensemble il a été plutôt conservateur dans sa gestion de l’Etat : de son opposition à l’avortement à son soutien actif au deuxième amendement (à la grande joie des Républicains de son Etat, il a fait passer une loi autorisant le port d’armes dissimulées), il présente un profil séduisant sur le plan des valeurs sociales, et va à l’église tous les dimanches avec sa femme. S’il peut sembler trop sensible aux questions environnementales pour certains, et « impur » en matière fiscale (comme McCain), il s’est généralement retenu d’augmenter les impôts, et au fur et à mesure que son mandat avançait (et que McCain progressait dans les Primaires) il a renforcé son côté conservateur. Enfin, son attitude lors de l’effondrement du pont sur la route 35W l’été dernier a frappé nombre d’observateurs : contrairement à Bush après Katrina, il s’est rendu sur place (où il a pu faire la preuve de son charisme et de son don pour les relations interpersonnelles, un peu comme Bill Clinton ou Barack Obama) et s’est investi pour gérer au mieux cet incident dramatique et très médiatisé. Par ailleurs, il a résisté à cette occasion à des appels pour augmenter les impôts, un choix très apprécié par la base républicaine locale. Cependant, il ne peut se vanter d’aucune expérience en sécurité nationale, et n’est pas bien connu hors du Minnesota et des Etats environnant. Mais il reste malgré tout un candidat de poids, voire même l’un des mieux placés.
Charlie Crist (gouverneur de Floride ; 51 ans)
Gouverneur populaire (63%) d’un Etat clef dans l’élection générale (faut-il rappeler 2000 et l’importance décisive des 27 voix de la Floride ?), jamais acquis à l’un ou l’autre des deux partis, sa décision de soutenir McCain intervint à un moment crucial, juste avant les Primaires du « Sunshine State », que McCain remporta. Cette victoire ayant permis à McCain de regagner une certaine crédibilité et d’aborder le Super Tuesday en position de force, on peut penser que Crist a joué un rôle décisif dans le succès du sénateur de l’Arizona. Or ce dernier, ancien militaire issu d’une famille à tradition militaire, ne prend pas la loyauté à la légère. Crist est un conservateur sans grands handicaps mais sans grandes qualités non plus, et peu connu de l’électorat, même s’il s’est fait un petit nom lorsqu’il s’est déclaré en faveur de McCain (il est légèrement mieux connu que Pawlenty grâce à cet épisode). Il n’a aucune expérience en matière de sécurité nationale, et relativement peu en économie (hormis son expérience de gouverneur). Même si la Floride se trouve dans le Sud, c’est un Sud particulier, qui ne fait pas de Crist un « sudiste » capable de garantir cette vaste région à McCain. Dans tous les cas, il ne paraît pas devoir nuire à McCain en figurant sur le ticket avec lui : même si de nombreux conservateurs ne le portent pas dans leur cœur, il n’est pas moins aimé que McCain, dont il n’affecterait pas la relation tendue avec certaines franges radicales du GOP.
D’autres possibilités existent, mais ces personnes ont des inconvénients/handicaps plus importants que les trois profils ci-dessus :
Joe Lieberman (sénateur du Connecticut)
Le soutien de Lieberman fut important en termes de dynamisme à un moment où McCain peinait à se détacher des autres candidats à l’investiture du parti républicain ; il est proche du candidat républicain, qu’il accompagne presque à chaque déplacement. Il est bien connu de l’électorat sur le plan national (colistier d’Al Gore en 2000) ; partisan de la guerre en Irak depuis le début, il peut se vanter d’une grande expérience sur les questions de politique étrangère. Il a par ailleurs réussi à se faire réélire comme indépendant, et correspond à l’image de droiture morale de McCain grâce à son profil éthique. Néanmoins, toute aide qu’il pourrait apporter pour convaincre les électeurs indépendants serait contrebalancée par les pertes au niveau de la base républicaine, qui ne pardonnerait pas le choix d’un homme pro-avortement et plutôt libéral sur les questions économiques et sociales. Lieberman sera capable de jouer un rôle tout aussi grand au service de McCain sans être sur le ticket, et il semble plutôt destiné à occuper un poste important dans une administration McCain, par exemple celui de secrétaire d’Etat.
Rob Portman (52 ans)
Un choix justifié d’un point de vue théorique, mais qui résiste mal à des considérations plus réalistes. L’ancien représentant de l’Ohio a occupé des postes variés, lui apportant une expérience au niveau législatif (représentant de l’Ohio et directeur du parti Républicain de 1993-1997, il a permis au GOP de remporter la majorité à la Chambre des Représentants pour la première fois depuis 40 ans), mais aussi exécutif ou du moins administratif (membre du Cabinet comme directeur du « Bureau de Gestion et du Budget » de la Maison-Blanche de 2006 à 2007). Il a en outre une connaissance des questions économiques, comme en atteste son poste le plus récent de représentant commercial des Etats-Unis. Cependant, il n’est pas connu sur la scène nationale, et n’a jamais fait l’expérience des médias, ce qui est un handicap majeur et une source d’incertitudes. Il présente de surcroît l’inconvénient d’être lié à l’administration Bush. Il n’est donc pas sûr qu’il soit en mesure d’apporter quelque chose à McCain, mais sa présence sur le ticket permettrait à l’inverse aux Démocrates de fustiger le « troisième mandat » de la politique de Bush.
Kailey Bay Hutchinson (sénatrice du Texas ; 64 ans)
Le choix de Kailey Bay Hutchinson permettrait aux Républicains de présenter un ticket plus équilibré face à la nature historique du futur candidat démocrate, que ce soit un homme noir ou une femme. Conservatrice traditionnelle, elle rassurerait la base du parti, sans pour autant susciter un enthousiasme quelconque ni engendrer de dynamisme débordant. Par ailleurs, elle ne permettrait pas à McCain de gagner de nouveaux Etats, tant le Texas lui paraît solidement acquis quoi qu’il arrive. Enfin, son manque d’expérience en matière de sécurité nationale et son long passé dans le législatif ne forment pas les ingrédients d’un profil rassurant et convaincant, d’autant plus qu’elle est pratiquement inconnue de la plupart des Américains, et qu’elle n’incarne pas une relève dynamique dans le cas où il arriverait quelque chose à McCain, ou pour lui succéder à la fin de son mandat.
Mark Sanford (gouverneur de Caroline du Sud ; 47 ans)
C’est indéniablement un conservateur sur les questions sociales et fiscales, avec un relent de populisme. Gouverneur charismatique, il avait (et a encore) la préférence de nombre de Républicains, mais sa décision de ne pas soutenir McCain alors qu’il l’avait soutenu en 2000 a été mal vécue par ce dernier, qui aurait du mal à lui pardonner cette « trahison », puis le ralliement tardif. Il présente le même profil que Pawlenty ou Crist, moins l’atout de la loyauté.
Condoleezza Rice (secrétaire d’Etat ; 53 ans)
A bien des égards, Condoleeza Rice représente une possibilité attrayante. Elle permettrait à McCain de renforcer son profil en sécurité nationale et ajouterait une jeune femme noire au ticket, originaire de Californie qui plus est. Républicaine modérée, elle ne fait guère partie des faucons néoconservateurs mais privilégie une approche plus réaliste, qu’elle a mieux réussi à imposer lors du second mandat de Bush. Elle est incontestablement expérimentée et une figure nationale, mais liée à l’administration Bush, et directement impliquée dans la guerre d’Irak, que McCain soutient mais qui demeure très impopulaire aux Etats-Unis. Comme McCain, elle est plutôt faible sur les questions économiques et de politique intérieure, même si elle a récemment fait un discours devant plusieurs groupes pro-républicains influents sur ces questions. Ce sont justement ces initiatives qui sont à l’origine des spéculations quant à sa présence sur le ticket. Bien qu’elle ait déclaré ne pas envisager cette situation (son poste idéal, dans l’absolu, serait présidente de la NFL, la ligue nationale de football américain, a-t-elle déclaré !, et à défaut, elle dit vouloir retourner dans le monde académique à Stanford), elle n’a jamais fermé la porte définitivement à une possible candidature. Les bonnes relations qu’elle entretient avec des groupes présents à Washington qui disposent de moyens considérables, relations qui font défaut au sénateur de l’Arizona, sont certes un atout, mais la présence d’une femme noire célibataire et modérée risque fort d’aliéner nombre de militants républicains de la base du parti.
Pour finir, notons quelques hypothèses plus fantaisistes qui circulent : Bobby Jindall, 36 ans, le très jeune gouverneur du Missouri et premier gouverneur originaire de l’Inde. Il permettrait au parti de contrebalancer son image anti-immigration, renforçant sur ce point la position de McCain, qui est critiquée par une grande partie de la base conservatrice. Catholique, il serait un atout auprès de cet électorat important car jamais acquis à l’un ou l’autre des deux partis, mais son âge, son manque d’expérience et sa réputation limitée sur le plan national en font un colistier presque fantaisiste pour 2008, mais qui n’est pas à exclure dans les scrutins futurs.
Jeb Bush, le frère du président actuel et ancien gouverneur de Floride. Au début du premier mandat de Bush, lorsqu’il était encore populaire, beaucoup considéraient Jeb, dont on admet généralement qu’il est plus intelligent et plus ouvert que George W. (par exemple, il a voulu s’informer sur la recherche génétique sur les cellules souches afin d’en comprendre les enjeux et le potentiel, que son frère rejette en bloc pour des questions de croyance personnelle) comme un candidat presque « naturel » pour 2008. Cependant, il semble avoir pris une année sabbatique sur le plan politique, demeurant extrêmement passif dans cette campagne, peut-être pour attendre que son frère peu apprécié se retire de la vie politique, et lui laisse le champ libre.
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