Pascal Boniface


L'atlantisme de Sarkozy ranime un ancien clivage
par Pascal BONIFACE (Challenges, 10 avril 2008)



En renforçant ses liens avec Washington, notamment au sein de l’Otan, le chef de l’Etat met fin au consensus gauche-droite qui prévalait depuis longtemps sur la politique étrangère de la France.

On ne peut encore évaluer les répercussions stratégiques de la décision de Nicolas Sarkozy de voir la France réintégrer les organes militaires intégrés de l'OTAN. Ni celles du renforcement à venir de la présence militaire française en Afghanistan. Mais la conséquence politique est, elle, déjà connue : c'est la fin de ce qu'on appelait le consensus français sur la politique étrangère. Un clivage droite/gauche, disparu depuis longtemps sur ces sujets, vient de renaître. Plus largement, la querelle porte sur la relation franco-américaine. La majorité souhaite le renforcement des liens avec Washington, l'opposition dénonce un alignement atlantiste.

L'ironie est que l'on est à front renversé par rapport à la situation prévalant dans les années 60. A l'époque, les gaullistes claquaient la porte de l'OTAN et dénonçaient l'hégémonie américaine. Socialistes et centristes reprochaient à de Gaulle la rupture de la solidarité atlantique et dénonçaient son " anti-américanisme ". Sur le Proche-Orient, l'OTAN, sur la constitution d'une force de frappe nationale, Mitterrand et ses alliés se sont à l'époque opposés à de Gaulle.

La mue s'est opérée à la fin des années 1970. La gauche s'est ralliée au concept de dissuasion nucléaire, gage d'indépendance nationale. La famille sociale démocrate avait pris ses distances avec Washington. Dans les années 1980, toutes les formations représentées au Parlement partageaient la même analyse des grandes questions diplomatiques, PC inclus, jusqu'à ce que ce dernier prenne ses distances avec le PS.

On célébrait le consensus français sur la défense et les affaires étrangères, tranchant avec les clivages antérieurs sur ces questions, avec le goût traditionnel de la France pour les querelles sur tous les autres sujets politiques, et avec les violents déchirements internes de tous les pays européens sur l'affaire des euromissiles. Il y avait un large consensus qui portait sur la dissuasion, sur la relation France-OTAN, sur l'Europe, sur les relations Nord-Sud, etc.

Après la disparition du clivage bipolaire, les cartes ont été redistribuées politiquement. Tant à droite qu'à gauche, il y a désormais les partisans d'une ligne qualifiée de " gaullo-mitterandiste " caractéristique de la Vème République, axée sur le maintien d'une spécificité française affichée en matière diplomatique. Ils s'opposent à ceux qui mettent l'accent sur la communauté de la famille occidentale et donc le rapprochement avec Washington. Un clivage au sein de chaque famille politique représentée en Parlement (PC excepté) et non entre elles. Les périodes successives de cohabitation sont venues renforcer cette tendance faite de continuité gouvernementale et d'expression interne dans chaque parti de divergences. Les gestes successifs de rapprochement avec Washington opérés par Nicolas Sarkozy et le durcissement des oppositions sur le plan de la politique intérieure sont venus recréer un net clivage droite/gauche sur ces questions.