
Les défis du nouveau président taiwanais
par Barthélémy COURMONT (Contre-feux.com, 4 avril 2008)
Ma Ying-jeou, candidat du Kuomintang, a largement remporté l’élection présidentielle taiwanaise du 22 mars. Partisan d’un rapprochement avec la Chine continentale, son arrivée au pouvoir pourrait améliorer la relation avec Pékin. Quels sont les défis qui l'attendent tant sur le plan intérieur qu’extérieur ?
Comme cela était prévisible, Ma Ying-jeou, candidat du Kuomintang, parti historique de Chang Kai-chek, a largement remporté l’élection présidentielle taiwanaise du 22 mars, avec plus de 58% des voix. Partisan d’un rapprochement avec la Chine continentale, il était opposé à Frank Hsieh, candidat du DPP, parti favorable à l’indépendance de Taiwan, au pouvoir depuis huit ans. L’arrivée au pouvoir de Ma pourrait améliorer la relation avec Pékin, mais le nouveau président devra faire face à de multiples défis, tant en matière de politique intérieure qu’extérieure, s’il souhaite inscrire son mandat dans la rupture avec son prédécesseur.
LE DÉFI DE L’ÉCONOMIE
Le principal enjeu de la campagne fut l’économie, la majorité des Taiwanais reprochant à l’administration sortante sa gestion. En choisissant comme co-listier Vincent Siew, ancien ministre de l’économie dans les années 90, Ma a su séduire un électorat désireux de relancer la croissance économique, notamment par le biais de propositions de zones de libre-échange, prenant l’exemple de la Corée du Sud, avec Washington, Tokyo, et même Pékin. Les attentes des Taiwanais sont très grandes de ce côté, le nouveau président ayant promis de relancer la croissance, de réduire le chômage, et de lutter contre l’inflation.
Le nouveau président taiwanais, qui prendra ses fonctions le 20 mai, souhaite par ailleurs mettre en place des liaisons aériennes directes avec la Chine, et envisage un dialogue axé sur le respect mutuel. Loin de remettre en question l’intégrité territoriale de Taiwan (et dénonçant avec fermeté les répressions au Tibet, comme pour mieux rappeler que Taiwan ne cèdera pas un pouce sur le terrain de la démocratie), il estime qu’une relance de l’économie taiwanaise passe par une plus grande proximité avec Pékin.
UNE NOUVELLE RELATION AVEC LA CHINE ?
La victoire de Ma pourrait ouvrir une nouvelle ère dans les relations politiques avec la Chine. Et réduire par la même occasion le plus grand risque sécuritaire dans la région. Avec une confortable majorité au parlement, consacrée lors des élections législatives du 12 janvier, Ma a les pleins pouvoirs pour repenser la relation avec Pékin, le Kuomintang y étant favorable. De l’autre côté du détroit, les dirigeants chinois ne se sont pas prononcés sur le résultat de l’élection (cela s’expliquant par le fait qu’il s’agissait pour eux d’un scrutin « local », et non « national »), mais ils se réjouissent de la victoire de Ma, en particulier à un moment où Pékin est montré du doigt pour ses répressions violentes au Tibet. Mais si le maintien du statu quo entre la Chine et Taiwan semble désormais acquis, le chemin vers un rapprochement sera long et difficile, de l’aveu même de l’entourage de Ma, qui ne veut rien précipiter. Il est donc probable qu’en dehors de quelques déclarations de bonnes intentions et de gestes symboliques, les négociations piétinent encore.
L’ÉCHEC DES RÉFÉRENDUMS
La question de la relation à la Chine était également au cœur des deux référendums proposés en marge de l’élection présidentielle, sur les modalités de l’adhésion de Taiwan à l’ONU, sujet qui a un temps empoisonné la campagne électorale. Mais avec un taux de participation de seulement 36% (contre 78% pour la présidentielle), les deux référendums ont été massivement rejetés, indiquant que les Taiwanais sont favorables à une normalisation des relations avec la Chine continentale. Mais sur la question de la politique extérieure de Taiwan, ces deux référendums ne sont que l’arbre qui cache une inquiétante forêt. La République de Chine, nom officiel de Taiwan, n’est reconnue que par 23 pays dans le monde, au prix d’une diplomatie du porte-feuille, en lutte avec Pékin, de plus en plus difficile. A peine élu, Ma a promis de stopper cette diplomatie coûteuse, et plusieurs Etats pourraient donc rapidement tourner le dos à Taipei pour se jeter dans les bras de la Chine.
LE TRIANGLE TAIPEI-PÉKIN-WASHINGTON
Reste la question, cruciale, du poids de Washington dans les relations inter-détroit. Craignant ce que Condoleezza Rice qualifia à plusieurs reprises de « provocations » du président sortant Chen Shui-bian, à savoir une déclaration d’indépendance comme ultime testament politique, Washington a déployé deux porte-avions dans le détroit quelques jours avant les élections. Un moyen aussi de rappeler à Pékin que les Etats-Unis, liés à Taipei par le Taiwan relations Act de 1979, ne resteront pas inactifs en cas d’hypothétique confrontation entre les deux entités rivales. Comme Pékin, Washington a toutes les raisons de se réjouir du succès de Ma, qui pourrait apaiser les tensions et, par la même occasion, les craintes de la première puissance mondiale de se retrouver, presque malgré elle, impliquée dans une confrontation avec la Chine. Les trois acteurs de la relation triangulaire semblent donc s’accorder sur la nécessité de maintenir un statu quo profitable à tous, et meilleure garantie sécuritaire dans le détroit de Taiwan.
Paru sur Contre-feux.com : http://www.contre-feux.com/international/les-defis-du-nouveau-president-taiwanais.html
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