Jean-Jacques Kourliandsky


Vers une évolution à la chinoise
Jean-Jacques KOURLIANDSKY par Hervé Monzat (La Dépêche du midi, 1er avril 2008)



Quelle lecture faites-vous des premières mesures de libéralisation de Raul Castro ?

Ce qui me frappe, c'est d'abord que cette ouverture brise le tabou de l'égalité parfaite dans la société cubaine. D'abord parce qu'elle reconnaît pour la première fois les disparités de revenus. Ensuite parce que ces mesures ne concerneront qu'une petite minorité aisée qui pourra payer en devises ces produits disponibles dans des magasins spécialisés.

Qui sont ces familles aisées ?

Celles qui ont des parents aux États-Unis ou en Espagne qui se sont enrichis en dollars ou en euros. Mais aussi, tous ceux qui se sont enrichis après la période soviétique au contact d'investisseurs étrangers ou qui, dans les années 1990, ont pu monter leur petite entreprise essentiellement dans les services aux touristes. Ces gens-là se sont enrichis sans que l'on sache très bien de combien. Ce qui est sûr c'est qu'il y a aujourd'hui à Cuba un matelas de dollars cachés et une activité économique souterraine que l'État veut légaliser.

Les Cubains vont pouvoir s'acheter des ordinateurs mais n'ont toujours pas la liberté d'aller sur Internet…

C'est toute la limite de cette ouverture. Comme pour la télévision le pouvoir communiste cubain continue de verrouiller tout ce qui vient de l'étranger. Fidel a passé la main, mais son poids moral est tel qu'il ne faut attendre aucun changement majeur tant qu'il sera là. Son frère Raul qui lui a succédé est plus réaliste. Il est conscient du mécontentement des Cubains et prépare une évolution à la chinoise : on ne lâche rien sur le PC unique et les libertés contre une amélioration du niveau de vie des Cubains et une ouverture sur l'entreprise.