
L’offensive diplomatique de Condoleezza Rice sur le nucléaire nord-coréen
par Barthélémy COURMONT (IRIS, 25 mars 2008)
Après une récente tournée en Asie du Nord-Est consacrée au programme nucléaire nord-coréen, qui l’avait conduite à Pékin, Séoul et Tokyo, Condoleezza Rice poursuit son offensive diplomatique en vue d’accélérer l’élimination de toutes les activités nucléaires de Pyongyang. C’est dans cette optique qu’elle reçoit la visite de Yu Myung-hwan, son homologue sud-coréen, à Washington. Avant son départ aux Etats-Unis, Yu Myung-hwan a précisé qu’il devrait également rencontrer le Secrétaire à la Défense Robert Gates et Steve Hadley, le conseiller de George W. Bush à la sécurité nationale, et successeur de Condoleezza Rice. Au programme, les avancées dans le dialogue avec Pyongyang, qu’il suit de près.
La Secrétaire d’Etat américaine a résolument décidé de faire du dossier nucléaire nord-coréen l’une des priorités de ses derniers mois dans l’administration Bush. Consciente que des avancées seront difficiles sur le dossier iranien dans les prochains mois, avant qu’une nouvelle administration prenne le relais, Condoleezza Rice estime que les progrès récents dans les négociations sur le démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes pourrait permettre un accord définitif avant la fin du mandat de George W. Bush. Ce serait un succès pour la diplomatie américaine, et sa chef de file depuis 2005, qui viendrait éclaircir un ciel nuageux sur le terrain de la politique étrangère de l’administration Bush.
Ces efforts ne sont pas sans rappeler ceux de Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat de Bill Clinton, en 2000. Après s’être rendue à Pyongyang, où elle avait même rencontré Kim Yong-il, elle avait fait venir des officiels nord-coréens à la Maison-Blanche, et préparait une visite du président américain dans l’autre pays du matin calme. Ce n’est qu’après l’élection de George W. Bush, et plus encore son discours sur « l’axe du mal » du 20 janvier 2002, que les relations entre les deux pays s’étaient fortement dégradées, et que la Corée du Nord avait annoncé avoir repris ses activités nucléaires militaires. S’en suivit une longue et difficile série de négociations.
Mais le chemin reste semé d’embûches. Pyongyang ne cesse d’avancer et de reculer, et continue de marchander son programme nucléaire en échange d’aides alimentaires et énergétiques, ainsi que des garanties sécuritaires de la part de Washington. Mais rien ne prouve que le régime nord-coréen n’acceptera, en fin de compte, de renoncer de manière définitive à une arme hypothétique qui lui assure le meilleur moyen de chantage sur ses voisins et les Etats-Unis. Les efforts de Condoleezza Rice continueront donc de se poursuivre, et s’ils sont louables, il n’est malheureusement pas certains qu’ils soient couronnés de succès, avant ou après la fin de l’administration Bush.
Barthélémy Courmont, chercheur à l’IRIS, vient de publier L’autre pays du matin calme. Les paradoxes nord-coréens, chez Armand Colin.
|