Jean-Jacques Kourliandsky


Les attentats de Madrid sont toujours présents
Jean-Jacques KOURLIANDSKY par Valérie Auribault (Nouvel Obs.com, 7 mars 2008)



La campagne pour les législatives se termine ce soir. Selon les sondages, Zapatero est le grand favori. Ces élections comportent-elles un risque pour le candidat socialiste ?

Le problème est de savoir s'il obtiendra une majorité absolue ou relative. Les sondages le donnent gagnant sans majorité absolue. Il faut qu'il mobilise son électorat. Il y a un mois encore, il y avait un risque pour Zapatero de perdre les élections. Certes toutes les lois sociétales ont satisfait ses électeurs. Mais des problèmes demeurent. Quelle Espagne pour demain ? Quelle structure ? Faut-il une Espagne fédérale ? Sans parler des problèmes liés au Pays Basque et à la Catalogne. Les nationalistes attendent une reconnaissance en Catalogne et souhaitent un projet identique à celui du Canada avec le Québec. Au Pays Basque, la tentative de contact avec l'ETA a échoué. L'opposition a reproché cet échec à Zapatero ainsi qu'une partie de son électorat. Sur ce sujet, les querelles sont permanentes ces quatre dernières années. Mais l'influence d'ETA aujourd'hui est isolée et limitée. Seul 10% de l'électorat soutient l'organisation. Pour toutes ces raisons, Zapatero doit obtenir une majorité claire sinon il lui faudra négocier des alliances.

Zapatero a mené une politique de modernisation ces dernières années, notamment envers les femmes et les homosexuels. Il a aussi fait table rase du passé franquiste. Quel poids ont ces décisions dans ces élections ?

Le principal acquis ce sont les lois sociétales : l'égalité des sexes, la possibilité de se marier pour les couples homosexuels ainsi que des réformes qui ont affaibli l'influence de l'église catholique qui n'ont pas fait plaisir aux évêques. Concernant la guerre civile, la reconnaissance partielle du droit des survivants a permis d'affronter le problème du passé. Auparavant, l'oubli de cette partie de l'histoire était volontaire. Mais c'est un passé qu'il faut surmonter. Zapatero a pensé à faire une loi. Ce que la droite a contesté arguant que cette décision allait réveiller de vieilles rancoeurs. Pour d'autres, notamment à gauche, la loi ne va pas assez loin dans la reconnaissance des victimes. Certains Espagnols voulaient des procès comme au Chili. Les franquistes avaient perpétré un coup d'Etat, il y avait donc faute. La droite a eu peur d'éventuels procès et des indemnisations à n'en plus finir. L'église, quant à elle, est très populaire en Espagne. Face à certaines lois qui remettaient en question son autorité, elle a trouvé un soutien dans ses revendications auprès du Parti populaire. Pour la droite, l'église est un atout qui mobilise son électorat, qui la rend plus forte.

Les attentats du 11 mars à Madrid planent-ils toujours sur les élections comme ce fut le cas en 2004 ?

Oui, les attentats sont toujours présents. Zapatero en a reparlé durant les duels télévisés face à Rajoy qui était mis en difficulté car, depuis quatre ans, la droite a maintenu le fait qu'ETA était dans le coup. Que la culpabilité des auteurs n'était pas claire et que l'ETA serait mêlée aux attentats selon eux. Ces accusations n'ont pas donné une très bonne image du Parti populaire.