Barthélémy Courmont
OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS AMÉRICAINESObservatoire des élections américaines

En attendant l’affrontement Républicains-Démocrates
par Barthélémy COURMONT et Alaric MOUBOUYI-BOYER (IRIS, 29 février 2008)



Les primaires qui entrent dans la dernière ligne droite se sont déroulées comme prévu, c’est-à-dire en opposant des projets et des personnalités au sein d’un même parti, afin de désigner celui ou celle qui serait le mieux placé pour l’emporter le 4 novembre prochain. Mais elles ont évolué de manière très différente entre les deux partis. Dans le camp démocrate, la lutte serrée entre Hillary Clinton et Barack Obama (qui ont débattu à 20 reprises !) a fait de la course à l’investiture un duel sans merci qui pourrait laisser des traces. Côté républicain, la large avance de John McCain porterait à croire que le temps des débats internes est révolu. Néanmoins, subsiste une opposition entre deux antagonismes au sein du GOP : le conservatisme, incarné par Mike Huckabee, et l’ouverture, pour ne pas dire le changement, dont McCain apparaît comme le porte flambeau. Résultat, ces luttes internes tendent à retarder les hostilités tant attendues entre Républicains et Démocrates.

Nous avons assisté jusqu’à présent à des attaques timides entre les deux partis, et qui cherchaient le plus souvent à détourner l’attention sur les hostilités entre factions du même parti, comme pour mieux les réduire. Mais cela pourrait changer très prochainement. Côté républicain les victoires de McCain aux prochains caucus (Texas et Ohio) pourraient inciter Huckabee à jeter l’éponge, et l’intérêt de réunir les conditions favorables à une victoire républicaine s’imposera dès lors. Côté démocrate, un bon résultat d’Obama le 4 mars le consacrerait vainqueur des primaires aux yeux des Républicains, même si Clinton est encore officiellement en course. Conscient de cette probabilité, McCain concentre désormais ses critiques sur Obama en le qualifiant d’inexpérimenté, non à même de gérer certaines questions internationales cruciales et de s’imposer dans le système décisionnel de Washington. L’Irak se retrouve ainsi à nouveau sous les projecteurs, en raison des approches très différentes entre le sénateur de l’Illinois et celui d’Arizona. Mais cette stratégie de McCain ne fait pas l’unanimité auprès de l’électorat conservateur du GOP. Il semble par ailleurs, aux yeux de nombreux républicains, que l’inexpérience d’Obama le rend plus difficile à affronter que Clinton, faute de références concrètes à critiquer. Les stratégies restent encore à s’affiner au sein du GOP.

Les attaques des Républicains indiquent toutefois leur désir d’initier les affrontements dans la logique du scrutin final, ce qui leur donne une avance sur les Démocrates, chez qui les critiques se concentrent encore sur les programmes et les personnalités des deux candidats encore en course, même si l’issue des scrutins du 4 mars pourrait être décisive. Une victoire d’Obama engagerait ainsi les Démocrates dans une nécessaire phase de réunification, préalable des attaques contre McCain. Les sénateur d l’Illinois a indiqué, par quelques déclarations musclées au cours des derniers jours, qu’il se sentait prêt pour cette lutte. Un comeback de Clinton (notamment une nette victoire au Texas et dans l’Ohio) aurait à l’inverse pour effet de retarder un peu plus l’entrée des Démocrates dans la campagne nationale, et poserait le risque d’absence de momentum face à un McCain qui, en cas d’incapacité persistante à mobiliser les conservateurs, entamerait sa campagne contre un camp démocrate pas encore uni. La chasse aux indépendants et aux indécis serait donc ouverte, avec un avantage pour le candidat du GOP, celui d’être en campagne pour la Maison-Blanche plus tôt.

Cependant, si les divisions semblent actuellement beaucoup plus nettes côté démocrate, elles pourraient être beaucoup plus profondes chez les Républicains. Ainsi, le manque de popularité latent de McCain chez les conservateurs pourrait se poursuivre jusqu’au scrutin final. Un obstacle de taille pour le sénateur d’Arizona, qui devra pourtant à un moment s’assurer du soutien des conservateurs s’il veut s’imposer en novembre. A l’inverse, les Démocrates pourraient se réunir, et le réseau du sénateur de l’Illinois s’accroîtrait en cas d’investiture, par le biais d’un renfort issu de l’effectif de Clinton. Dans l’optique d’une investiture de Clinton, les partisans d’Obama pourraient également s’ajouter à celui de Clinton afin d’optimiser les capacités d’un effectif démocrate dès lors uni. Mais la réalisation de ces scénarios se voit conditionnée par un soutien actif du candidat défait auprès de l’investi(e), ce qui n’est pas encore acquis, même si les deux candidats se sont montrés confiants à l’occasion des derniers débats télévisés les opposant. D’autre part, le financement des campagnes est une condition sine qua non à la diffusion des projets et de l’image des candidats. Les collectes des fonds reflètent sur ce point un déséquilibre capacitaire important entre démocrates et républicains. A titre indicatif, la somme totale des levées de fonds démocrate en janvier s’élève à près de 55 millions de dollars, contre 16 millions de dollars pour les Républicains. Certes, cela s’explique par un suspense moins net du côté du GOP, mais les Républicains éprouvent cependant pour le moment des difficultés dans la récolte de fonds par rapport aux Démocrates, qui surfent sur la vague d’un désir de changement radical à la Maison-Blanche. Le candidat investi par le GOP devra par ailleurs miser sur des financements privés, notamment par l’intermédiaire de personnalités aptes à réunir des fonds importants, dont George W. Bush. Et le recours au président sortant pourrait s’avérer problématique pour un McCain s’attachant à l’image du changement qui lui colle si bien jusqu’à présent, et qui lui a permis de s’imposer dans les primaires. Bref, la route vers la Maison-Blanche sera également semée d’embûches pour le candidat républicain.