Barthélémy Courmont
OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS AMÉRICAINESObservatoire des élections américaines

Primaires démocrates : La vraie phrase à retenir du débat d’Austin
par Barthélémy COURMONT (IRIS, 24 février 2008)



Les débats politiques sont l’occasion pour les candidats d’affiner leurs démonstrations politiques, et de faire usage de petites formules pour faire passer un message devant un large auditoire. Le débat assez courtois auquel se sont prêtés Barack Obama et Hillary Clinton à Austin (Texas) le 21 février, en vue de la primaire qui se tiendra dans cet Etat le 4 mars, ne fait pas exception. Et dans le contexte politique actuel (11 victoires d’affilée pour Obama depuis le Super Tuesday), ce débat à vocation « texane » prenait une importance toute particulière.

De nombreux analystes se sont focalisés sur l’attitude d’Hillary Clinton, qui avait annoncé avant le débat qu’elle attaquerait son rival sur la profondeur de son programme (s’inspirant ainsi de l’exemple de Mondale face à Hart en 1984), et sur la formule pleine d’espoir qu’elle lâcha en fin de débat, pour se réjouir de l’honneur de débattre avec Barack Obama, et sur la nécessité de retrouver un parti uni face aux Républicains. Une belle leçon d’humilité de la part de l’ancienne First Lady, qui replaçait ainsi cette primaire très acharnée dans un contexte plus large. L’important pour les électeurs n’est finalement pas de savoir qui, d’Obama ou de Clinton, va remporter l’investiture, mais si les Démocrates ont vraiment une chance contre John McCain.

Mais si cette prestation de la sénatrice de New York est à mettre à son actif, la phrase qui pourrait le plus marquer l’avenir de la confrontation entre Démocrates et Républicains, sur la question de la politique étrangère (par définition le thème qui intéresse le plus hors des Etats-Unis, nettement moins à l’intérieur), est au crédit de Barack Obama. Cela est d’autant plus remarquable que le sénateur de l’Illinois est souvent critiqué pour son inexpérience, et l’absence de réalisme dans la manière qu’il a d’aborder la politique étrangère de la première puissance mondiale.

C’est sur la question cubaine qu’une petite phrase de Barack Obama, sur la politique étrangère américaine, a fait mouche. Alors qu’il s’exprimait en faveur d’un dialogue avec La Havane, consécutivement au retrait du pouvoir de Fidel Castro, et après plus de 45 ans d’embargo américain (soit à peu près son âge !), le sénateur de l’Illinois a expliqué, avant d’être applaudi par l’audience, que « les Etats-Unis doivent dialoguer avec leurs alliés, mais également avec leurs adversaires ». Après une première administration Bush (2001-2005) qui ignora magistralement ses alliés, une seconde (2005-aujourd’hui) qui a rétabli ce dialogue sous l’impulsion de Condolezza Rice, mais se refuse encore à s’ouvrir aux ennemis de Washington, à l’exception de la Corée du Nord (par nécessité plus que par choix), ce type de message est particulièrement important, car il pourrait augurer de ce que serait la politique étrangère américaine à partir de 2009, et ce quel que soit le vainqueur.

Certes, d’aucuns y verront une forme d’angélisme assez peu crédible. On imagine en effet assez mal l’hypothétique futur président des Etats-Unis recevoir à Washington Mahmood Ahmadinejad et Kim Jong-il ! Quoique. Il y a un précédent assez notable. En 2000, dans le cadre d’une détente du dossier nord-coréen, Madeleine Albright, alors Secrétaire d’Etat, avait fait le déplacement à Pyongyang, et des officiels nord-coréens avaient été reçus dans le Bureau ovale à la Maison-Blanche. Il fut même un moment évoqué une possible visite de Bill Clinton à Pyongyang ! A la même époque, le Département d’Etat étudiait la possibilité de lever certaines sanctions, adoptées en 1996 dans le cadre de l’ILSA, contre Téhéran. Tout cela semble loin désormais. Le discours sur l’axe du mal de George W. Bush a remis en question toute forme de dialogue avec les Etats considérés comme hostiles à Washington, et le Sénat renouvela l’ILSA par 98 contre 1 (et une abstention) en 2001… Mais avec un nouvel occupant à la Maison-Blanche à partir de janvier 2009, on peut imaginer du nouveau dans la diplomatie américaine.

Certes également, Hillary Clinton et John McCain sont tous deux opposés à ce principe de tendre la main aux adversaires avoués de Washington, et estiment au contraire qu’il faut faire preuve de fermeté. Mais derrière ces discours, des impératifs demeurent, et ils pourraient faciliter un dialogue, ferme et sans concession, mais un dialogue malgré tout. Le bon vieux dicton « Apprendre à connaître et comprendre ses ennemis pour mieux les combattre » pourrait ainsi être une sorte de slogan de campagne de politique étrangère pour Obama, et le signe d’un réel changement dans la manière dont Washington orienterait sa politique étrangère. On imagine en effet difficilement, après les déboires de l’aventure irakienne, un nouveau chef de l’Exécutif s’engager dans une aventure comparable (sauf bien entendu si cela est totalement justifié, comprendre et dialoguer ne signifiant pas baisser la garde). Reste à savoir si la politique étrangère de la future administration se traduira par une forme de repli sur soi ou au contraire sur une acceptation assumée du multilatéralisme (et donc d’un dialogue actif). Sur cette question, rendez-vous lors des débats qui opposeront Républicains et Démocrates, et en particulier l’affrontement entre les deux candidats investis par leurs partis respectifs.