Didier Billion


La tournée de Bush au Moyen-Orient ne servira à rien
Didier BILLION par Fabrice Aubert (LCI.fr, 8 janvier 2008)



A quoi peut servir cette tournée de Bush, sa première au Proche-Orient depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2001 ?

Il ne devrait obtenir rien de concret. Dans les deux cas, il lui sera en effet difficile d'aboutir à ses objectifs officiels (ndlr: renforcer le processus de paix israélo-palestinien et obtenir l'appui des pays du Golfe pour faire pression sur l'Iran).

Pour quelles raisons ?

Pour le conflit israélo-palestinien, cette visite intervient tout d'abord sept ans après sa prise de fonction. C'est trop long pour une région considérée comme centrale pour les relations internationales, d'autant qu'il a mis aussi très longtemps avant de se pencher sur le problème. Ensuite, il sera rattrapé par son soutien indéfectible à Israël.

Certes, depuis Annapolis, il s'est un peu recentré. Beaucoup d'observateurs s'étaient montrés optimistes après la conférence. Ce n'était pas mon cas car je trouvais que les engagements étaient très peu clairs. Il n'y avait ainsi aucun calendrier précis. A peine retourné en Israël, Olmert (ndlr : le Premier ministre israélien) indiquait d'ailleurs que la date envisagée, fin 2008, n'était pas contraignante. De même, la colonisation s'est poursuivie depuis en Cisjordanie. Pour l'instant, malgré les réunions israélo-palestiniennes, il n'y a eu aucun progrès significatif. Si Bush n'infléchit pas ses choix en faveur d'Israël, il n'aura pas de résultats car il ne peut être juge et partie.

"BUSH CHERCHE SURTOUT À EXISTER"

Pourquoi n'a-t-il pas convoqué de nouveau un sommet tripartite avec Abbas et Olmert ?

C'est une bonne question. Cela ne lui coûterait rien. Je pense qu'une telle rencontre, qui aboutirait certainement à aucun résultat significatif, aurait été contreproductive pour son prestige.

Le conflit israélo-palestinien est-il donc un moyen pour Bush de redorer son blason et d'occuper le devant de la scène pour sa dernière année à la Maison-Blanche ?

Tout à fait. A la manière des ses prédécesseurs, il essaye surtout d'exister sur la scène internationale alors que la fin de son double mandat se profile. Mais plus les jours vont passer, moins il existera. D'ailleurs, il faut remarquer que la place accordée à cette visite dans les médias américains est réduite à la portion congrue face aux primaires. Mais sur ce dossier israélo-palestinien, même s'il souhaite bien sûr un succès, il part avec tellement de handicaps qu'il marche sur une jambe.

"SUR L'IRAN, BUSH VEUT REPRENDRE LA MAIN"

Sa bonne volonté est-elle bloquée par les affaiblissements respectifs de Abbas et Olmert dans leur pays ?

Tout à fait. La situation est même plus difficile que le mois dernier lors d'Annapolis. En Israël, les critiques contre Olmert sont toujours aussi virulentes. Quant à Abbas (ndlr : le président palestinien), il contrôle de fait encore moins de territoires qu'auparavant, étant donné que le Hamas poursuit petit à petit son développement en Cisjordanie.

Et, indépendamment de la crise politique, une partie de la population de Cisjordanie, fidèle au Fatah (ndlr : le parti de Abbas), est néanmoins solidaire de celle de Gaza où la situation se dégrade de jour en jour. Et elle comprend de moins en moins les accords passés par Abbas. Ils sont souvent perçus comme des courbettes devant Israël et les Etats-Unis. Plus globalement, aussi longtemps que le Hamas sera laissé de côté, on n'arrivera à rien. La volonté de mettre Abbas en avant ne fonctionnera pas.

Quid du dossier iranien ?

Sur ce sujet, Bush essaye de reprendre la main après le document des services de renseignement plutôt favorable à Téhéran et qui a mis les va-t-en-guerre en porte-à-faux. Mais il aura du mal à convaincre ses alliés du Golfe de mettre la pression sur l'Iran car ils ne sont pas sur une ligne de confrontation, bien au contraire. Ils estiment qu'un affrontement, ou du moins un raidissement, leur apportera plus de conséquences négatives que positives.

Actuellement, ils sont ainsi plutôt sur une ligne de détente. Ahmadinejad a par exemple été invité dernièrement au Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe et à La Mecque pour le pèlerinage. Ce n'est pas seulement de la courtoisie. C'est un symbole très fort étant donné les relations conflictuelles entre l'Arabie saoudite et l'Iran.