
Privatisation réussie ou dilapidation de biens publics : QinetiQ
par
Bruno LG CARRE (IRIS, 26 novembre 2007)
Le gouvernement britannique s’est également fait durement épinglé, cette fois par le National Audit Office (NAO), sur la privatisation de la société de R&D/T Qinetiq en 2002/2005 lorsque Gordon Brown était chancelier de l’échiquier.
Fruit d’un partage obligé (à la demande du DoD US) entre des établissements restés publics au sein du MOD (la DSTL), et une nouvelle entité privatisable, QinetiQ a été vendu en deux étapes. Tout d’abord, 33,8% du capital sont cédés en 2002 au fonds d’investissement américain Carlyle (1) et 3,87% aux employés sur la base d’une valeur capitalistique de £125 millions que le NAO juge sous-évaluée.
Trois ans plus tard, après mise sur le marché boursier, l’entreprise est estimée à £1,3 milliards. Cette hausse est due aux performances correctes de l’entreprise mais aussi à un contrat de l’état (parmi beaucoup d’autres) d’une valeur de £5,5 milliards, curieusement attribué après la privatisation.
Mais là où le bât blesse vraiment, c’est que les membres du Conseil d’Administration de QinetiQ ont négocié leurs incitations participatives et celles des employés avec Carlyle avant que le choix du repreneur ne soit déclaré. Il en est résulté, au moment de la mise sur le marché et de l’appréciation simultanée de la valeur capitalistique de l’entreprise, une dilution des parts du Trésor et de Carlyle dans le capital et une augmentation à 20% et à 9,2% respectivement de celle des employés et de celle des membres du conseil d’administration.
Ainsi, in fine, nonobstant la sous évaluation de la valorisation de QinetiQ au moment de sa vente partielle à Carlyle, la valeur de la participation de l’état a été multipliée par 10,06 soit une plus-value de £778 millions, ce que là encore le NAO considère comme insuffisant. La valeur de l’investissement de Carlyle est passée de 42,3 millions à £332,47 millions soit une hausse de 786%. Celle des employés est passée de £1,625 millions à £24 millions. La « palme » revenant aux dirigeants qui, pour un investissement de départ de £540K, ont opéré une plus value de £107 millions !
Naturellement, l’ensemble – ou presque- de la classe politique s’émeut et on la comprend, ce d’autant plus que les conditions de cette privatisation restent moins que claires malgré l’enquête approfondie du NAO. Pour sa part le premier ministre défend cette opération comme étant une absolue réussite.
La privatisation de QinetiQ et les questions embarrassantes que le rapport du NAO soulèvent ne font qu’illustrer le manque de transparence des évaluations d’actifs publics et des cessions d’actifs publics à certains plutôt qu’à d’autres pour « raisons d’État ».
![]() (1) Dont on dit qu’il est très proche de la CIA
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