
Le Calcio endeuillé
par
Fabio LIBERTI (IRIS, 13 novembre 2007)
L’Italie vient de vivre son énième dimanche de folie, avec des épisodes de criminalité liés au football. Des supporters de la Lazio Rome et de la Juventus Turin, en déplacement pour suivre leurs équipes à Milan pour les premiers, à Parme pour les deuxièmes, se croisent à une aire de repos de l’autoroute. Une bagarre éclate. Des policiers, postés de l’autre coté de la chaussée, tirent un coup d’avertissement en l’air, un deuxième à hauteur d’homme qui traverse la voie et rejoint l’un des supporters de la Lazio Rome, le tuant. C’était dimanche matin. Les médias s’emparent de l’affaire, qui se répand comme une traînée de poudre dans les clubs de supporters qui préparent leur dimanche. La mort de Filippo Raciti, inspecteur de police lors de violents heurts à l’extérieur du stade de Catane au mois de février, avait provoqué l’arrêt de la première division italienne, La Serie A, et la mise en place des sanctions plus sévères contre les violences liées au football.
Un Observatoire des manifestations sportives avait été mis en place au sein du Ministère de l’Intérieur, avec des larges pouvoirs en matière d’interdiction de déplacements de masse pour les supporteurs (pour suivre leurs équipes jouant à l’extérieur) et de fermeture des stades s’ils ne remplissaient pas les nouveaux critères minimaux de sécurité, notamment des zones de préfiltrage pour l’accès individuel, la mise en place de billets nominatifs, la présence de stewards chargés de la sécurité à l’intérieur des arènes de capacité supérieure aux 10.000 places. Plus généralement, tout acte de violence a été lourdement sanctionné depuis, avec des fermetures de stade à la moindre infraction. Ainsi, le Stade San Paolo de Naples avait été disqualifié pour une journée en raison du lancement d’un pot de yaourt vide sur un assistant de ligne, et le virage de supporters de l’Inter Milan au stade San Siro fermé pour cause d’exposition de banderoles de claire inspiration raciste.
Résultat de ces sanctions : une baisse importante des phénomènes de violence liés au football.
Quand la situation semblait donc finalement s’améliorer, voici une nouvelle tragédie qui a mis en lumière la gravité encore persistante de la situation.
Les supporters organisés, une fois appris la nouvelle de la mort du jeune supporter de la Lazio Rome, ont fait pression pour le blocage du championnat, exigeant pour l’un des leurs le même traitement qui avait été réservé lors de la mort de l’Inspecteur Raciti.
Face au refus des autorités, qui ont simplement retardé les matches de 10 minutes et demandé aux joueurs de jouer listés de noir en signe de deuil, les supporter organisés ou ultras, se sont dans la plupart des stades italiens, totalement désintéressés des matches pour crier des slogans anti forces de l’ordre, voire pour se livrer à des actions violentes comme à Bergame, où les supporters de l’Atalanta ont clairement détruit la barrière de protection menaçant d’envahir le terrain et de s’en prendre aux joueurs de l’équipe ainsi qu’à ceux de l’AC Milan…
Mais le pire était à venir. A Rome, où le dimanche soir était programmé le match entre l’AS Roma et de Cagliari, on a assisté à une inédite coalition entre supporters de l’AS Roma et la Lazio. Ces groupes ont donné l’assaut au siège du Comité Olympique italien, ainsi qu’à deux commissariats de police. Des quartiers entiers se sont retrouvés assiègés en plein centre ville, avec un lourd bilan pour les forces de l’ordre (48 blessés au cours de la journée) et des scènes de guerrila urbaine.
Quelles leçons tirer de ces événements ? Gigi Buffon, gardien de l’équipe d’Italie a affirmé qu’il ne voyait pas clairement le lien entre les évènements du matin et ceux de la journée. Son exemple (« Si une vieille dame se fait voler dans un bus et elle arbore une écharpe d’une équipe de football, dirait-on que cela est lié au football ? ») peut paraître caricatural, cependant la bagarre qui a éclaté sur l’aire de repos entre supporteurs ne peut être avec certitude liée au football. D’autre part les policiers qui ont tiré, en réalisant une faute professionnelle inexcusable, ne pouvaient savoir, de l’autre côté de l’autoroute, s’il s’agissait de supporteurs ou non…
L’impression est que les supporteurs les plus violents, réprimés depuis quelques mois par les décisions de plus en plus drastiques des autorités sportives et de police, et lâchés par les clubs de football qui jusque là acceptaient d’attribuer avec largesses des billets gratuits et autres benefits selon une logique de racket, ont profité de l’occasion pour dénoncer certains évènements. Dès lors le PDG de l’AC Milan, Adriano Galliani, vit sous escorte policière, et d’autres dirigeants reçoivent de lourdes menaces.
L’impression est que des logiques de clans, de type mafieux, régissent désormais les virages de supporteurs les plus violents, qui vivaient le stade comme une zone de non-droit où la loi des groupes organisés régnait. Ces groupes de supporteurs, souvent animés par des logiques politiques d’extrême-gauche et/ou droite ont vécu les mesures anti-violence votées par le gouvernement en février 2007 comme une expropriation de leur « droit historique » sur le football. D’où une réaction violente à un tragique fait divers qui a peu à voir avec le football.
La vrai question semble être celle de la dégradation de l’image de l’autorité gouvernementale et des autorités de police en Italie. Après des décennies de laxisme, de corruption et d’amnistie fiscale, il n’est peut-être pas si étonnant que des groupes organisés puissent imaginer imposer leurs lois dans des stades…
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