Sylvie Matelly


Vers un retour des industries dans nos pays
Sylvie MATELLY par Virginie Belle (France Soir, 8 novembre 2007)



Jusqu'où le prix du pétrole va-t-il monter ?

C'est très difficile à savoir, car les cours actuels reposent complètement sur de l'irrationnel. Il n'y a pas de véritable raison pour que le prix du baril soit si élevé. La demande augmente, mais l'offre également, car les cours permettent d'exploiter des gisements qui n'étaient pas rentables auparavant. Le prix actuel s'explique surtout par la présence sur le marché de traders qui spéculent sur le pétrole.

Quelles seront les conséquences d'un pétrole cher ?

Les conséquences sont déjà visibles. Dans les pays du Nord, on a commencé à s'adapter à la hausse des cours en diversifiant les sources d'énergie. On devrait assister à une multiplication des politiques visant à économiser l'énergie. La consommation du pétrole devrait diminuer. En fait, les cours du pétrole actuels vont accélérer l'émergence d'énergies alternatives.

S'oriente-t-on vers un monde sans pétrole ?

Non. Car il n'y a pas de réelle alternative au pétrole en ce qui concerne les transports. Et si les pays industrialisés peuvent s'adapter très vite aux nouvelles énergies, il n'en est pas de même pour les pays émergents. De plus, avec l'augmentation des prix, l'exploitation de certains gisements est devenue rentable, ce qui augment les réserves mondiales. Celles-ci ne devraient pas être épuisées avant 50 ou 100 ans. En revanche, le pétrole cher va ouvrir une nouvelle ère de la mondialisation. Jusqu'à présent, celle-ci avait favorisé les délocalisations industrielles au profit des services. C'est tout l'inverse qui devrait se produire : alors que l'on commence à voir le secteur des services se délocaliser à l'étranger, le pétrole devrait entraîner chez nous une réindustrialisation. Le coût des transports devrait en effet provoquer le retour des usines dans les pays où les produits sont consommés.