Pascal Boniface


L’atlantisme de Sarkozy n’a rien d’exceptionnel
par Pascal BONIFACE (Challenges, 11 octobre 2007)



En début de mandat, chaque nouveau président français a souhaité se rapprocher des Etats-Unis. Mais à des conditions que ceux-ci ont, jusqu'à présent, toujours refusées.

L'affichage pro-américain de Nicolas Sarkozy, notamment l'annonce d'une réintégration possible dans l'OTAN, a suscité un débat sur l'alignement atlantiste de la France. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'un nouveau président se fixe pour objectif un rapprochement franco-américain.

Le refus de la guerre d'Irak par Chirac ne doit pas faire oublier qu'en 1995 il souhaitait, lui aussi, réintégrer l'OTAN en échange de l'obtention du poste du commandement Sud pour un officier français et d'une " européanisation " de l'alliance. Ni que Mitterrand, à son arrivée au pouvoir, avait soutenu le déploiement des euromissiles américains, provoquant la fureur des autres socialistes européens. Plus loin encore, l'élection de Giscard d'Estaing, en 1974, avait été présentée comme un virage atlantiste. De même que l'installation de Pompidou à l'Elysée, que l'on avait présentée, elle, comme l'occasion de dépasser le caractère personnel de l'opposition de De Gaulle à Washington. Enfin, le Général de Gaulle lui-même, dès son arrivée au pouvoir, écrivait à Eisenhower pour créer un triumvirat américano-franco-britannique afin de diriger l'OTAN.

Bref, tout nouveau Président français a voulu se rapprocher des Etats-Unis en début de mandat. Si cela a tourné court, c'est parce que les Américains n'ont pas fait les gestes attendus par Paris.

Aujourd'hui encore, s'agissant de l'OTAN, la césure n'est pas aussi nette qu'il y paraît. Depuis 1990, la France s'est rapprochée de l'alliance, à tel point qu'il n'y a plus guère que deux comités dont elle est encore absente : le groupe des plans nucléaires et celui des plans de défense. Par ailleurs, la France a participé à la guerre de Kosovo sous l'égide de l'OTAN. En Afghanistan, elle est largement engagée dans la guerre au côté de l'organisation. Une réintégration totale ne constituerait donc pas un changement radical de ligne politique.

Mais le symbole serait fort. Or, en matière diplomatique, les symboles ont un important impact politique. Sarkozy en a conscience. D'où son souhait d'obtenir en échange de ce ralliement une compensation : celle-ci pourrait concerner l'Europe de la défense. Le président a posé deux conditions à un rapprochement avec l'OTAN. L'acceptation par Washington d'une capacité européenne de défense (objectif ancien toujours refusé par les Etats-Unis) et un rôle fort dans les structures de l'OTAN. Dès lors, de deux choses l'une : soit les Américains acceptent ces conditions et l'OTAN dans laquelle la France se réintégrerait n'aurait rien à voir avec l'OTAN que la France a quittée ; soit les Américains le refusent et il n'y aura pas lieu de faire le geste annoncé. Le retour dans l'OTAN devrait être aussi conditionné au refus de transformer cette alliance en un front global contre le terrorisme. Si les Américains acceptent ces préalables (le feront-ils ?), Sarkozy pourra bouger sans mettre à mal l'héritage de la diplomatie française.