Kader Abderrahim


Maghreb : le nouveau défi du terrorisme
par Kader ABDERRAHIM (IRIS, 29 septembre 2007)



L’OMBRE DU TERRORISME IRAKIEN PLANE-T-ELLE SUR LE MAGHREB ?

Après plusieurs mois d’une relative accalmie, les attentats se sont multipliés en Algérie et le dernier en date, une attaque contre un bus transportant des employés du groupe de travaux publics Razel escorté par la gendarmerie, le 21 septembre, a fait neuf blessés (deux Français, un Italien, le chauffeur du bus et cinq gendarmes) qui, s’il n’est pas le plus meurtrier, est le plus spectaculaire par les retombées médiatiques.

Et l’objectif recherché est atteint : la France prend très au sérieux les nouvelles menaces d’Al Qaïda-Maghreb contre ses ressortissants, et le Quai d’Orsay a envoyé à ses postes diplomatiques dans la région des « instructions pour mettre en œuvre des mesures de sécurité renforcées ». Par ailleurs, l’entreprise visée a rapatrié provisoirement ses salariés ; Razel avait été prévenue des risques encourus, par les services algériens, pour ses activités en Algérie.

Les entreprises étrangères sont de plus en plus nombreuses à s’installer en Algérie où se trouvent des chantiers d’infrastructures lancés par le gouvernement. Aussi, la hantise des autorités serait que la multiplication de ces opérations isole à nouveau leur pays qui sort tout juste de dix ans de guerre. Les attentats suicides, jusque-là rares, semblent devenir la nouvelle technique utilisée par Al-Qaïda Maghreb. Ce phénomène relativement nouveau dans la région en dit long sur le désespoir de la jeunesse dans ce pays. Le kamikaze de l’attentat contre la caserne des gardes-côtes de Dellys (à l’Est d’Alger) avait causé plus de trente morts le 8 septembre dernier et son auteur était un collégien de seulement quinze ans. Il aurait, selon sa famille, été endoctriné par un imam. Egalement, treize écoliers âgés de treize à dix-huit ans ont été condamnés chacun à trois ans de prison avec sursis par le tribunal de Boumerdès, ce 24 septembre, alors qu’ils se préparaient à rejoindre le maquis.

Parmi les responsables chargés de la lutte anti-terroriste, on n’imaginait pas que les réseaux de l’ex-GSPC (Groupe pour la prédication et le combat) puissent se renouveler aussi vite et mettre sur pied une logistique capable d’organiser autant d’actions en si peu de temps. Cette situation est inquiétante et ,si elle se confirme, la stratégie des services de sécurité devra évoluer pour faire face à un mouvement qui a désormais une implantation régionale. En rejoignant Al-Qaïda, le GSPC élargit ainsi son champ d’action et se garantit des moyens d’approvisionnement et de financement importants.

S’il est difficile de parler d’internationale terroriste, les objectifs des différents mouvements engagés dans ce type d’actions étant souvent très différents, on constate que les dirigeants d’Al-Qaïda ont une vision globale et une stratégie unique pour tenter de fédérer ceux qui sont passés à l’islamisme armé. Le discours porte souvent sur l’impérialisme américain et l’ennemi sioniste. Il est vrai que dans de nombreux pays du Moyen-Orient et du Golfe arabe, ce message est parfaitement en phase avec le sentiment général des populations, mais les réactions sont très différentes au Maghreb.

S’il y a une véritable solidarité de la population, voire un consensus, sur le sort des Palestiniens, la vie politique est essentiellement axée sur les réformes démocratiques, et la contestation islamiste à la fin des années 80 reprend également ce leitmotiv qui reste la matrice à partir de laquelle est axé le discours islamiste. Que ce soit en Algérie, au Maroc, en Tunisie, ou encore en Libye, les revendications sont identiques. Dans cette nouvelle étape, car la fin du terrorisme réside dans la réforme des systèmes politiques, il est probable que les différents services de sécurité unissent leurs moyens et leurs compétences pour tenter de juguler cette nouvelle vague. Cela ne sera toutefois pas suffisant, à long terme, pour garantir la stabilité de ces pays déjà malmenés par l’adaptation à la mondialisation.