Pascal Boniface


Notre pays n’est pas immunisé contre le terrorisme
par Pascal BONIFACE par Henri VERNET (Le Parisien, 23 septembre 2007)



Cette nouvelle menace d'Al-Qaïda est-elle inquiétante ?

Evidemment, dans la mesure où il y a déjà eu une attaque vendredi et un attentat très grave d'Al-Qaïda au Maghreb islamique contre le palais gouvernemental d'Alger en avril. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette menace est toujours élevée : cela fait plusieurs années que le terrorisme islamiste frappe un coup à Madrid, un coup à Casablanca, un coup à Londres, puis à Alger…

Mais pourquoi viser maintenant les Français ?

Il y a déjà eu des messages d'Al-Qaïda où les intérêts français étaient concernés. Ils faisaient référence à la présence militaire française en Afghanistan (où un soldat tricolore a d'ailleurs été tué vendredi). Cette dernière revendication à propos de l'Algérie ne fait pas état d'un éventuel tournant de la diplomatie française vis-à-vis du monde arabe et musulman. Les déclarations de Kouchner et Sarkozy sur l'Iran ne semblent donc pas en cause. De toute façon Al-Qaïda et l'Iran, ce n'est pas la même famille. Et il faudrait attendre un éventuelle confrontation avec l'Iran pour savoir dans quel camp se rangerait la France.

Mais la France paraissait quand même, jusqu'ici moins ciblée que d'autres pays…

On a toujours dit et répété que le fait que notre pays n'ait pas participé à la guerre en Irak ne nous immunisait pas contre le terrorisme. Ce serait un calcul imprudent de tabler là-dessus. Maintenant, il est vrai que depuis deux ans on assiste à un rapprochement franco-américain. Pas seulement sur l'Iran, mais aussi sur d'autres dossiers du Proche-Orient comme le Liban ou même l'Irak. Mais, encore une fois, le message d'Al-Qaïdsa au Maghreb ne fait pas référence à un changement de ton.

Le soutien de Paris au régime de Bouteflika est-il excessif ?

Il est certain que le soutien de la France avantage plutôt les régimes du Maghreb… mais ces régimes pourraient tenir sans elle. De par son histoire, son passé de puissance coloniales, son statut de partenaire privilégié de ces pays, il n'est pas étonnant que la France soit plus ciblée que d'autres pays européens. C'est l'ancienneté de ces liens, et non pas des déclarations récentes, qui expliquent la menace.