« Defence Technology Strategy » encore une belle liste, mais où est le financement ?

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Il y a deux ans le MOD publiait la « Defence Industrial Strategy (DIS). Ce document répertoriait les nombreux domaines de souveraineté dans lesquels la Grande-Bretagne entend désormais maintenir une capacité de défense autonome dans le long terme, notamment et peut-être surtout, en assurant un taux de profit « raisonnable » aux industriels dits britanniques. Elles espèrent ainsi mettre un terme à la menace de délocalisation brandies par des entreprises telle que BAE Systems, soumises à une concurrence jugée déloyale parce qu’à sens unique. Cette stratégie industrielle est aussi un moyen pour l’Etat de s’assurer que ses propres investissements dans la défense contribuent à créer des emplois, ou à maintenir au plus haut niveau des compétences technologiques qui donnent à la Grande-Bretagne une supériorité militaire et technico-commerciale à l’exportation.

Hier matin, Lord Drayson, Secrétaire d’état britannique responsable des investissements de défense a rendu publique, la stratégie du gouvernement dans le domaine de la Recherche et Développement publique du secteur de la défense. Ce document de 192 pages intitulé « Defence Technology Strategy » (DTS) est le complément longtemps attendu de la DIS.

Le Royaume-Uni investit aujourd’hui £2,6 milliards/an, d’argent public en R&D défense, somme certes importante mais qui représente moins de 50% de celles investies il y quinze ans. Dans ce contexte les entreprises font valoir que si un effort majeur n’est pas fait la DIS restera lettre morte, notamment si l’on tient compte du fait que, déjà pour des raisons essentiellement budgétaires, la politique d’insertion technologique incrémentale se substitue désormais à celle du développement de nouvelles plateformes. Pour sa part, QinetiQ réclame une augmentation de 25% du budget R&D.

Le gouvernement a donc décidé de rationaliser ces flux d’investissement en fonction des priorités telles que définies dans la DIS et de canaliser les fonds disponibles vers recherches jugées prioritaires. Élaborée en collaboration avec les universités et les industriels membres du Conseil national de Defense ce document identifie 200 technologies de première priorité et 2000 de deuxième niveau. Parmi ces priorités on relève par exemple les radars, les détecteurs NBC et les technologies de C4 , secteurs d’excellence de l’industrie britannique.

L’analyse de ce document complet et complexe demandera du temps mais il ne manque pas de susciter déjà des débats passionnés tout particulièrement sur le financement de cette stratégie. De fait, l’un des faits marquants de ce document comme d’ailleurs de celui sur la DIS, c’est que pour le moment il est une longue, très longue liste de souhaits dont les autorités britanniques se gardent bien de dire comment ils vont devenir réalité. Les industriels craignent aussi que les fonds disponibles soient désormais investis dans la recherche pure tandis que le développement leur incombera, aggravant ainsi les risques commerciaux et financiers. L’Etat quant à lui considère que ce sont les entreprises qui n’investissent pas assez dans la R&D défense, surtout quand on compare les chiffres avec les investissements R&D de l’aéronautique civile. Ce à quoi les industriels répondent que les retours sur investissements ne justifient pas les efforts à consentir. Bel affrontement en perspective du politique sous contrainte de la « realpolitik » budgétaire et du privé sous tutelle de la City ! Bel affrontement en perspective entre le président de BAE Systems et le ministre de la défense!

Les industriels de la défense sauront-ils tirer parti de ces temps où Chancelier de l’échiquier et Premier ministre du cabinet fantôme ne savent plus quel argument inventer pour convaincre les milieux d’affaires que leur politique est la mieux à même de soutenir le « Business »? Sauront-ils, cette fois, tirer autres chose des autorités qu’un énième livre blanc?

La souveraineté a un coût et le pouvoir géopolitique un prix. Ou bien les Britanniques acceptent de les financer ou bien, comme pour le nucléaire, ils seront dépendants des États-Unis puisqu’ils ne veulent pas l’être d’une Europe intégrée. On peut penser que, désabusés par leurs alliés américains et de plus en plus irrités par l’hydre Bruxelloise et ses tentacules de l’harmonisation et de l’intégration, cette fois ils payeront « pour voir », surtout si les conservateurs reviennent au pouvoir.

Bruno Carré / IRIS / 18 octobre 2006



Bruno LG CARRE
Chercheur associé