
Le 23 septembre, le journal régional français l’Est Républicain affirmait que Ben Laden aurait succombé aux suites d’une fièvre typhoïde quelque part dans les montagnes entre l’Afghanistan et le Pakistan. Le quotidien se fondait, pour donner cette information sensationnelle, sur une note datée du 21 septembre émanant des services secrets français de la DGSE. Celle-ci citait des sources saoudiennes indiquant que l’isolement géographique de Ben Laden, provoqué par une fuite permanente, aurait rendu impossible toute assistance médicale. Le Président Jacques Chirac a confirmé l’existence de la note, mais pas l’information de la mort de Ben Laden. Le mystère reste donc entier sur le sort de l’ennemi public mondial numéro un, plus de cinq ans après les attentats du World Trade Center.
Des informations concordantes ont fait référence à un état de santé affaibli du terroriste qui, s’il n’a pas été capturé, est obligé de se cacher et de fuir, et ne peut donc recevoir un traitement médical adapté. Sa mort est donc une hypothèse crédible. Ben Laden a plus de chance de mourir ou d’être capturé à moyenne échéance, que d’échapper indéfiniment à la traque américaine. Mais seule la découverte du corps de Ben Laden et des preuves par ADN pourront déterminer avec certitude son décès.
Bien sûr, certains estiment que ni Al Qaïda, ni les Américains n’ont intérêt à rendre publique la nouvelle de la mort de Ben Laden ; Al Qaïda pour ne pas démoraliser ses partisans, les Américains, pour justifier la continuation de leur politique de guerre contre le terrorisme. Il y a de nombreuses rumeurs selon lesquelles la mort de Ben Laden serait gardée secrète. Ces rumeurs qui ressortent de la théorie du complot ne sont guère convaincantes. Al Qaïda pourrait en effet prouver que même sans sa figure emblématique, l’organisation terroriste continue à exister, et à être capable de frapper ses adversaires. Bref, ils peuvent avoir intérêt à montrer que leur organisation est plus importante que la personne qui l’incarne.
George W. Bush, quant à lui, pourrait en cas de confirmation officielle de la mort de Ben Laden dire que les Etats-Unis ont marqué des points importants dans leur guerre contre le terrorisme et que sa stratégie commence à payer. Cela viendrait conforter son discours selon lequel, si les Etats-Unis ne sont pas encore en sécurité, ils sont plus sûrs qu’auparavant et qu’ils sont en train de gagner la guerre contre le terrorisme, même si celle-ci est encore longue. Au moment où la politique étrangère du Président Bush est l’objet de critiques de plus en plus vives, y compris parmi ceux qui l’ont défendue initialement, l’annonce de la mise hors d’état de nuire de Ben Laden, même par maladie, pourrait lui donner un bol d’air avant les élections de novembre 2006. Celles-ci s’annoncent en effet particulièrement délicates pour ses partisans. La publication le week-end dernier par la presse américaine, d’un rapport provenant des 16 différentes agences de renseignements américains selon lesquelles la guerre d’Irak était en train de développer le terrorisme, est un coup très sévère pour George W. Bush qui a justifié cette guerre au nom de la lutte contre le terrorisme.
Mais pour spectaculaire qu’elle serait, la mort éventuelle de Ben Laden ne modifierait pas réellement les données de la guerre contre le terrorisme. La menace terroriste ne se résume pas à un seul homme, et il n’est pas certain qu’elle soit affaiblie par la disparition d’Oussama Ben Laden, loin de là. L’organisation d’Al Qaïda qui a été durement frappée par la campagne d’Afghanistan de l’automne 2001, a été revigorée par la guerre d’Irak. Il ne s’agit plus désormais d’une organisation disposant d’un sanctuaire territorial en Afghanistan, mais d’un réseau de cellules décentralisées qui n’ont pas forcément de liens organiques entre elles, mais une inspiration idéologique commune. Les personnes interpellées en Grande-Bretagne après les attentats de Londres, ont affirmé qu’ils avaient agi en réaction à la guerre d’Irak, mais n’avaient pas de contact direct avec Ben Laden.
Dans la guerre contre le terrorisme, il ne faut pas se focaliser sur les effets, au détriment des causes. Ben Laden peut incarner symboliquement le terrorisme. Il ne le résume pas. Sans modification de l’environnement stratégique général, il sera remplacé par d’autres s’il disparaît. Si on se contente de faire la chasse à Ben Laden sans réfléchir aux raisons qui peuvent amener de jeunes musulmans à être gagnés à sa cause, on n’avancera pas. Le terrorisme ne se combat pas seulement avec des moyens militaires, mais surtout et avant tout avec des moyens politiques.
Pascal Boniface / Réalités / 25 septembre 2006
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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