La « visite historique » de Vladimir Poutine en Afrique du Sud le 6 septembre 2006

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On peut parler d'une visite historique de Vladimir Poutine en Afrique du Sud et plus précisément à Cape Town le 6 septembre 2006. Elle a lieu après son déplacement en Algérie et avant d'aller au Maroc. Cette visite, la première d'un dirigeant russe en Afrique sub-saharienne, est le signe d'un renouveau géopolitique tant de l'Afrique du sud que de la Russie.

A l'époque de l'apartheid et de l'URSS les liens étaient importants entre l'ANC, principal parti ayant lutté contre l' apartheid, et l'URSS. De manière plus générale, à l'époque de la guerre froide, l'URSS avait une stratégie active vis à vis de l'Afrique dans sa lutte anti-« impérialiste et capitaliste » en appuyant les Etats africains dits socialistes et les forces d'opposition liées au parti communiste. 100 000 Africains ont été ainsi formés en URSS. L'assistance technique russe, ainsi que l'appui militaire, étaient notables dans de nombreux pays « socialistes » (Mali, Guinée, Madagascar..). Or, depuis la chute du communisme et de l'Apartheid à la fin des années quatre vingt, les liens s'étaient fortement distendus. La visite au Cap a été l'occasion de renouer avec ce passé (visite à Roben Island où a été emprisonné durant 27 ans Nelson Mandela, rappel des soutiens aux leaders de l'ANC et notamment au président Thabo Mbeki). La rencontre au Cap de Vladimir Poutine et de Thabo Mbeki renoue avec cette histoire.

Outre sa signification symbolique et historique, cette visite témoigne d'une émergence géopolitique tant de l'Afrique du sud que de la Russie. Elle peut impliquer le début d'une alliance stratégique. Les deux pays bénéficient actuellement du boom minier et pèsent sur la scène africaine (cf. l'abstention de la Russie au Conseil de sécurité sur la question du Darfour) . L'Afrique du Sud recherche des soutiens pour accéder au Conseil de sécurité des Nations Unies. La Russie, absente de la scène africaine depuis 15 ans, a besoin d'appuis et d'une plus grande visibilité ne serait-ce que pour contrer les liens croissants entre l'Afrique et les pays émergents tels l'Inde et surtout la Chine.

Les accords signés entre l'Afrique du Sud et la Russie ont été également économiques. Globalement, l'Afrique du sud et la Russie sont surtout exportateurs de produits primaires ( or, diamant..). ALROSA et De Beers représentent 75% du marché du diamant. On observe toutefois des complémentarités dans certains domaines : les technologies spatiales et nucléaires, les usines de montage de minibus, le pétrole et le gaz. Le groupe russe RENOVA a décidé d'investir en 5 ans 1 milliard de dollars dans l'exploitation du manganèse sud-africain dans la Province du Cap-du-Nord. Il est prévu la construction d'une usine d'aluminium. On ne peut certes parler, comme le fait Poutine, d'une pluie de « milliards de dollars d'investissement » en Afrique du Sud, mais les investissements miniers sont capitalistiques et les capacités financières des groupes miniers russes sont importantes.

Il importe toutefois de bien décrypter les effets d'annonce et « les déclarations d'intention ne sont pas des engagements financiers fermes » comme l'a rappelé le ministre sud-africain des mines. Les intérêts de la De Beers et de ALROSA divergent en partie dans le domaine du diamant. Les présences sur les marchés sud-africains et russes ne sont pas faciles pour les opérateurs étrangers russes ou sud-africains.

Le renouveau des liens de la Russie avec l'Afrique est toutefois significatif. La visite au Maroc, qui prolonge ce déplacement de Vladimir Poutine, avec ventes d'armes à l'appui, sera également une manière de contrebalancer les ventes d'avions militaires à l'Algérie pour 3,5 milliards de dollars et l'accord gazier entre l'Algérie et la Russie. Il faudra vraisemblablement compter dorénavant sur la présence d'un nouvel acteur en Afrique à côté des puissances occidentales et des pays émergents tels le Brésil, l'Inde et la Chine.

Philippe Hugon directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de Géopolitique de l'Afrique (Armand Colin).

Philippe Hugon / IRIS / 7 septembre 2006



Philippe Hugon
Directeur de recherche à l'IRIS