De conflit en trêve, les passions que déchaîne la situation au Moyen-Orient brouillent toujours plus les cartes… et les esprits. Ceux qui rendent les Etats-Unis seuls responsables d'une situation inextricable sont souvent les mêmes à stigmatiser leur indifférence. Où situer la réalité ? Refusant tout manichéisme, Barah Mikaïl offre, en guise de réponse, un fil d'Ariane tressé de faits historiques souvent occultés. La partie consacrée aux relations américanos-israéliennes est particulièrement intéressante. Si Washington a " ardemment soutenu " la création de l'Etat hébreu en mai 1948, il s'agissait plus à l'époque de trouver un " relais local " pour les intérêts - très économiques - de l'Amérique que de soutenir le projet sioniste. Un relais devenu un " pivot stratégique " durant la guerre froide pour " contenir " la puissance soviétique. Mais il faudra attendre la guerre des Six Jours, en 1967 et la nomination au département d'Etat de Henry Kissinger pour qu'Israël " devienne réellement un pilier incontournable de la stratégie américaine au Proche-Orient ". Comme il faudra attendre la Chute du Mur pour voir George Bush père mettre fin à un monde bipolaire en stoppant l'envahissement du Koweït par Saddam Hussein. Et les attentats du 11 Septembre pour sortir son fils, Georges W. Bush, d'une totale indifférence à l'égard de cette région. Depuis lors, rappelle le chercheur à l'IRIS, le bourbier irakien a mis à mal la tentation unipolaire de l'Amérique. Et rappelé à Washington qu'il est un point sur lequel Arabes et Israéliens sont unanimes : " Les Etats-Unis sont encore le seul acteur capable de conduire à la résolution du conflit israélo-arabe à défaut de résoudre le conflit israélo-palestinien ". Un constat un peu désenchanté pour la France et l'Europe. Mais la synthèse est très éclairante.
«La politique américaine au Moyen-Orient» de Barah Mikaïl par Françoise Crouigneau / Les Echos / 7 septembre 2006