Brésil : le talent contre le racisme

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Le Brésil est l'hyper puissance du football. Fait exceptionnel, jamais une puissance dominante n'a été autant appréciée, y compris par les peuples dominés. Le Brésil est populaire, même chez ceux qu'il a vaincus, ce qui serait impossible dans le domaine stratégique. Clemenceau avait dit du Brésil qu'il était un pays d'avenir et qu'il le resterait longtemps. Jusqu'à récemment, en effet, le poids diplomatique du Brésil était ridicule par rapport à son rang de première puissance du football. Aujourd'hui, le Brésil s'affirme sur la scène internationale. Notamment depuis que Lula, l'ancien ouvrier devenu président, a montré que le football n'était pas le seul vecteur d'ascension sociale. Pour l'ancien président Fernando Henrique Cardoso, " le Brésil n'est pas un pays pauvre, c'est un pays injuste ". Mais, face au football, tout le monde est égal, chacun à sa chance.

Introduit évidemment par les Anglais à la fin du XIXe siècle, le football fut à l'origine le sport de l'élite blanche brésilienne. En 1921, le président brésilien Epitacio Pessoa, formula un décret de blancheur qui interdisait, pour des raisons de prestige patriotique, de sélectionner des joueurs à la peau noire. Arthur Friendenreich, l'un des meilleurs joueurs du pays dans les années 20, faisait toujours son entrée en retard sur le terrain parce qu'il passait de longs moments dans le vestiaire à se défriser les cheveux. Le football reflétait le racisme de la société brésilienne de l'époque. Mais, très rapidement, l'attraction qu'il exerçait sur les foules et la virtuosité des joueurs noirs allaient faire céder les digues des préjugés raciaux.

L'adoption du professionnalisme en 1933 a donné aux Noirs et aux métis un des rares moyens d'ascension sociale à leur disposition. En 1938, le Brésil atteignait les demi-finales de la Coupe du Monde battu par l'Italie avec une équipe franchement afro-brésilienne. Mais ce sont les joueurs noirs et leur indolence supposée qui furent jugés responsables de cette tragédie nationale que représenta la défaite à domicile lors de la finale de 1950. Cependant, à partir de 1958, le débat fut clos après les exploits de Dida, Garrincha et Pelé. Au Brésil, le football a permis de faire reculer les préjugés racistes.

Pascal Boniface / L’Equipe / 1er juillet 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS