L’Italie veut être grande

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Les Italiens estiment être les véritables créateurs du football. Ils préfèrent utiliser le terme de calcio, forme de football qui se pratiquait à Florence à l'époque de la Renaissance.

Si le football fut instrumentalisé par Mussolini pour servir les rêves de prestige et de grandeur nationale à des fins agressives, il fut, après la débâcle de la Seconde guerre mondiale, un moyen pour les Italiens de se réinsérer avec dignité dans la communauté internationale. Il a permis l'expression d'un patriotisme non agressif et donner à l'Italie le moyen d'être respectée en dehors de chez elle. Dans les années 60, Helenio Herrera, un Sud-américain, inventa le cattenacio (le verrou), un système de jeu d'une incroyable rigidité uniquement basé sur la défense et la contre-attaque, exigeant des qualités d'abnégation, de sacrifice et de rigueur et étant très peu spectaculaire.

Ce système s'imposa dans le pays qui semblait le moins apte à accepter un tel carcan, où les qualités d'imagination et de créativité sont maîtresses. Mais si l'Italie a longtemps été caractérisée comme un pays où les règles sont faites pour n'être pas respectées, où l'absence d'Etat fort était compensé par le dynamisme des citoyens, elle a pour le football accepté de se faire violence et adopté un style de jeux aux antipodes des caractéristiques nationales. Le cattenacio n'était-il pas au fond la réincarnation des qualités des légions de l'Empire romain qui érigeaient des murs, les fameux limès sur plusieurs centaines de kilomètres de long afin d'empêcher les Barbares d'envahir l'Empire ? Le football a été la revanche des Italiens. Revanche sociale pour les démunis, sur le plan interne, et surtout revanche internationale, dans la mesure où l'équipe nationale a toujours pris place sur les plus hautes marches, contrastant avec un pays guère pris au sérieux sur le plan international pendant très longtemps.

Au début des années 1980, la situation a commencé à changer. Le miracle économique, le sorpasso (dépassement du PNB britannique par le PNB italien) ont redonné de la crédibilité au pays. L'Italie veut être le 4ème grand européen au même titre que la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Le pays, marqué autrefois par son manque de rigueur économique et budgétaire, a été qualifié pour une autre compétition, celle de l'euro (la monnaie) dont il est membre fondateur. L'opération " mains propres " a mis fin aux pratiques de corruption et de compromission d'une partie de la classe politique au début des années 90. Une opération " pieds propres " est en route pour remettre en odre le football italien, secoué par les scandales.

Pascal Boniface / L’Equipe / 26 juin 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS