Pauvre Mexique

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" Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des Etats-Unis. " Ce dicton mexicain résume parfaitement la situation et le destin du pays, dont la situation économique n'est pas florissante et qui vit dans l'ombre d'un voisin qui a annexé une grande partie de son territoire entre 1845 à 1853 en s'emparant du Texas, de la Californie, du Nouveau-Mexique et de l'Arizona. De quoi nourrir des rancœurs pour longtemps et faire dire à certains que l'immigration, majoritairement clandestine, en direction des Etats-Unis, permet aux Mexicains de reconquérir pacifiquement les terres perdues au XIXe siècle.

Le nationalisme mexicain s'affirme avant tout par rapport aux gringos. Aussi, lorsque la sélection a été battue par les Etats-Unis en 8es de finale de la Coupe du monde 2002 (0-2), le pays vécut un véritable psychodrame. Car si le Mexique est dominé économiquement par les Etats-Unis, en matière de football, il est la grande puissance de l'Amérique du Nord. Le football fut introduit au Mexique au début du XXe siècle par les Anglais qui travaillaient sur les voies ferrées et dans les mines. A ceux qui pensent que le football est l'opium du peuple, il faut rappeler que, lorsque le gouvernement mexicain, en difficulté, comptait sur l'organisation de la Coupe du monde 1986 pour rehausser sa popularité, le peuple des bidonvilles manifestait au cri de : " Nous voulons des haricots, pas des buts ! ".

Le Mexique participe pour la treizième fois à une phase finale de Coupe du monde, ce qui est mieux que d'anciens vainqueurs comme la France ou l'Angleterre. Il n'a atteint que deux fois les quarts de finale, lorsqu'il a organisé l'épreuve chez lui (1970, 1985) et il faudra attendre 1994 et la Coupe du monde organisée aux Etats-Unis pour qu'il franchisse le premier tour dans une compétition organisée hors de son territoire. Pauvre Mexique, si proche du football, si loin du succès.

Pascal Boniface / L’Equipe / 21 juin 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS