L’Australie saisit la balle au bond

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Avant les barrages qui devaient permettre d'attribuer l'avant-dernière place qualificative de la Coupe du monde 2006, Giis Hiddink, le sélectionneur australien, dont l'équipe affrontait l'Uruguay, avait déclaré : " C'est du sport, ce n'est pas la guerre ". Entre les deux pays, la tension était palpable. Pourtant aucune guerre coloniale, aucune concurrence économique ne les a jamais opposés, seulement des rencontres de football. Lors de la course à la Coupe du monde 2002, c'est l'Uruguay qui s'était qualifié. Les mauvais coups avaient plu sur et en dehors du terrain.

Cette fois, en 2005, les deux équipes ont eu les pires difficultés à fixer un horaire pour le match, chacun voulant tirer profit de la longueur du transport et du décalage horaire. Il y avait pour ces deux pays un enjeu de taille : l'Uruguay voulait démontrer qu'elle restait une grande nation de football, vainqueur de deux Coupes du monde (1930 et 1950) ; l'Australie entendait affirmait qu'elle l'était devenue.

Pour un pays profondément sportif, qui se veut à l'avant-garde de la mondialisation et a accueilli les Jeux Olympiques à deux reprises (Melbourne en 1956, Sydney en 2000), quelle misère de ne participer qu'épisodiquement à la compétition sportive la plus exposée ! L'Australie a toujours refusé que son éloignement géographique la mette à l'écart du mouvement de la planète. Jouer la Coupe du monde de football ne relève pas exclusivement de la passion et du symbole.

Sepp Blatter, soucieux d'assurer sa réélection à la tête de la Fédération internationale (FIFA) avait promis que la zone Océanie aurait un représentant de plein droit en Coupe du Monde. La place semblait assurée pour l'Australie, archi-dominante de ladite zone mais les pressions sud-américaines, entre autres, ont conduit à rétablir les barrages et le stress des Australiens.

Comme en 1974, en Allemagne déjà, l'Australie a atteint son but. La voilà parmi les 32 meilleures nations du monde du football. Après sa victoire face au Japon (3-1), pour son premier match, et malgré la présidence du Brésil dans son groupe, elle rêve de faire un séjour de longue durée aux antipodes, c'est-à-dire, pour elle, en Europe.

Pascal Boniface / L’Equipe / 19 juin 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS