Le football, la face aimable de la mondialisation

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Le ballon rond ne connaît pas de frontières. Il a conquis le globe de façon pacifique et dans l'enthousiasme. Autre différence avec la mondialisation : il ressoude les identités nationales.

A l'ère de la mondialisation, le football est bel et bien le phénomène le plus universel. On disait autrefois que le soleil ne se couchait jamais sur l'Empire de Charles Quint. De nos jours, les stratèges estiment que l'hyperpuissance américaine a bâti le premier empire réellement global de l'histoire de l'humanité. Mais celui du football est bien plus vaste. Il ne connaît ni frontières, ni limites. Il est souvent l'apanage de pays ou de régions qui résistent encore à l'influence américaine. L'économie de marché, Internet, la démocratie ou même l'électricité n'ont pas encore pénétré dans de nombreuses zones de la planète. En revanche, il n'y en a aucune où le football n'est pas regardé et pratiqué. Aucune surface habitée n'a pu résister à sa conquête. Plus extraordinaire encore, cette dernière s'est faite avec l'enthousiasme des peuples conquis, de façon pacifique et non par les armes. Si les Anglais avaient cherché à imposer par la force le football en dehors de leurs frontières, il serait demeuré un sport essentiellement britannique. C'est donc de façon totalement libre et volontaire que les autres peuples se le sont appropriés ce sport avec ardeur.

C'est par la voie maritime que cet empire a commencé à se constituer. Les marins anglais qui jouaient au football lors de leur escales ont ainsi fait des émules et les premiers clubs professionnels européens ont été des villes portuaires (Le Havre, Bilbao, Hambourg, Barcelone, Gênes). Cette conquête s'est poursuivie par les voies ferrées, grâce aux ingénieurs anglais qui les construisaient. Après les années 30, c'est par la radio que le football a étendu son emprise mondiale. Dans les années 70, la télévision est venue parachever cette conquête du monde.

La finale du 9 juillet, qui sera l'événement le plus médiatisé, réunira dans une même communion près de la moitié de la population mondiale. Il est bien loin le temps où le compte-rendu du premier match de la France en Coupe du monde de 1930 était traité en 13 mots seulement, et encore était-ce dans le quotidien sportif de l'époque !

Par rapport aux autres critères de la mondialisation, le football représente quelques différences notables. La puissance dominante n'est pas les Etats-Unis, c'est le Brésil. Cette puissance est aimée et admirée de façon quasi-unanime. Il n'y a pas chez les amateurs de football " d'anti-brésilisme ", primaire ou non. Alors que la mondialisation a pour effet de dissoudre les identités nationales, le football vient au contraire les renforcer. Il sert de ciment de l'unité nationale, y compris dans des pays plongés dans les affrontements ethniques. La plupart des citoyens, au-delà des clivages raciaux ou sociaux, se regroupent derrière leur équipe lorsque celle-ci joue. Le match de football est un référendum qui dure quatre-vingt-dix minutes et dans lequel l'immense majorité vote oui, et avec ferveur pour sa nation.

Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques, vient de publier " Football et Mondialisation " aux éditions Armand Colin

Pascal Boniface / Challenges / 8 juin 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS