Défense de toucher aux crédits du nucléaire

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Le discours prononcé le 19 janvier par Jacques Chirac sur la dissuasion nucléaire peut se distinguer en trois volets. Réaffirmation des principes, actualisation - plus qu'évolution - de la doctrine et mise en garde budgétaire.

Le président n'a pas déclaré : " La dissuasion, c'est moi ", comme l'avait fait François Mitterrand en 1983, mais il y a eu néanmoins un message implicite de rappel de la primauté présidentielle en la matière. Il a réaffirmé le caractère central de l'arme nucléaire dans la protection des intérêts vitaux de la France. Dans le monde de l'après-guerre froide, elle en demeure la garantie ultime et lui permet d'agir librement.

Afin de montrer que la dissuasion n'était pas obsolète, Jacques Chirac a cité la protection des pays alliés et la garantie des approvisionnements stratégiques comme faisant partie des intérêts vitaux. La mention de pays qui se doteraient d'armes de destruction massive ou utiliseraient des moyens terroristes, prend un aspect particulier du fait de l'actualité iranienne, mais ne constitue pas une rupture doctrinale. La doctrine française a toujours établi que le nucléaire ne dissuadait pas seulement d'une menace du même type, mais de toute atteinte majeure de nos intérêts vitaux. Du temps de De Gaulle, on parlait déjà de " dissuasion tous azimuts " pour signifier que l'URSS n'était pas le seul pays contre lequel nous protéger.

Mais en faisant un lien fort entre l'arsenal nucléaire français et l'actualité stratégique brûlante (Iran, terrorisme), Jacques Chirac a envoyé un message à ceux qui voient dans les crédits dédiés au nucléaire un gisement d'économies potentielles fort utiles par ailleurs. Les plus chauds partisans du désarmement ne sont pas dans le Larzac, mais à Bercy. Le ministre des Finances tente souvent de diminuer les crédits militaires.

Mais les dépenses nucléaires ont un deuxième type d'ennemis : certains militaires qui aimeraient bien les transférer partiellement sur les armes conventionnelles.

Avec 3,145 milliards d'euros, la part du nucléaire représente 8,5% du budget de la Défense et 21% des crédits d'équipements (2,25 milliards). Le programme de simulation des essais représente 5,5 milliards d'euros. De quoi aiguiser bien des appétits lorsque les besoins budgétaires explosent sur fond de volonté de réduction de déficits.

Avec 4 sous-marins équipés de 16 missiles pouvant emporter chacun 6 ogives, et avec 60 mirages 2000, la France dispose d'un arsenal conséquent. Le missile M51 d'une portée de 9000 kilomètres entrera en service en 2008-2010. Même si le successeur de Jacques Chirac n'est pas lié par les engagements de ce dernier, le budget du nucléaire ne pourra plus être remis en cause. En mettant l'accent sur la diversification de la menace, le Président a voulu signifier que le renouvellement des moyens nucléaires était indispensable. Ce n'est pas seulement le territoire national qu'a voulu sanctuariser Jacques Chirac par son discours, c'est le budget nucléaire.

Pascal Boniface / Challenges / 26 janvier 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS