France/Algérie : le dialogue impossible

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Le 23 février 2005, le parlement français adoptait une loi sur " le rôle positif de la présence française Outre-Mer, notamment en Afrique du Nord ".Depuis quatre mois, la polémique ne cesse de grossir et les déclarations du président algérien ont pris des allures de dénonciation.

A tel point qu'un député UMP (majorité présidentielle), a exigé, il y a quelques jours, des excuses du chef de l'Etat algérien.

Abdelaziz Bouteflika a tenu des propos particulièrement violents, parlant de " cécité mentale ", de " négationnisme ", de " révisionnisme ". Cette insistance à utiliser des formules chocs serait également l'expression d'un courant qui, en Algérie, ne veut pas entendre parler de normalisation avec la France. La signature du traité d'amitié est toujours prévue pour la fin de cette année. Toutes les organisations de la " famille révolutionnaire ", FLN en tête, ont été mobilisées pour ce nouveau combat interne au sérail, qui révèle que les mœurs politiques n'évoluent guère. Le président algérien tente d'obtenir de Paris une repentance à laquelle la France officielle s'est toujours refusée.

Cette nouvelle polémique entre la France et l'Algérie rappelle à quel point les passions sont encore vives de part et d'autre, malgré les volontés affichées de rendre impossible toute nouvelle déchirure.

Le texte de loi prévoit également que les programmes scolaires français reconnaissent et accordent à l'histoire et " aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ".

Cette obligation a mobilisé le monde de l'université française, soucieux de son indépendance et inquiet de voir la politique s'immiscer dans le travail des historiens. Ces derniers ont lancé une pétition dans laquelle ils dénoncent les tentatives de voir s'écrire une histoire officielle. Des chercheurs aussi renommés que Claude Liauzu, Benjamin Stora ou Mohamed Harbi ont signé un texte qui pointe " le mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu'au génocide ".

On voit à quel point les fantômes d'hier peuvent resurgir avec la même virulence et le même déni de la réalité.

Côté français, on est soucieux de ne pas envenimer les choses et l'on se garde de toute déclaration officielle. Le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, qui se rendra au Maroc à la mi-juillet et en Algérie fin juillet, a failli reporter son voyage. Il estime, en privé, que les Algériens doivent également comprendre les préoccupations intérieures françaises, faisant allusion au poids du lobby des rapatriés.

Si la colonisation est un fait historique particulièrement douloureux pour les peuples qui l'ont subie, cela n'exonère en rien les crimes commis par les dirigeants des pays concernés après les indépendances.

L'histoire s'écrit toujours au présent, et souvent par les vainqueurs, mais elle ne peut être parallèle. Chacun a sa perception des faits et c'est dans la narration de ces faits que l'on retrouve ou non une fidélité à la mémoire collective qui, elle, ne peut faire l'objet d'une négociation ou d'un compromis.

Kader Abderrahim / Le Journal hebdo (Maroc) / 16 juillet 2005



Kader Abderrahim
Chercheur associé