
Plus de cinq millions d'Allemands au chômage et aucun espoir que le gouvernement Rouge-Vert n'y change quelque chose, voilà la raison principale qu'indiquent les instituts de sondages pour expliquer la défaite du SPD en Rhénanie-Nord-Westphalie lors du scrutin du dimanche 22 mai 2005. Ce territoire détient traditionnellement une position-clef dans la politique allemande, car il est l'un des plus peuplés avec 13 millions d'habitants.
Une longue période de 39 ans de gouvernement SPD a pris fin dans ce Land, symbole de la cause ouvrière et syndicale qui fut jadis le berceau du miracle industriel de l'Allemagne occidentale de l'Après-guerre, et qui accueillit de nombreux sites industriels (tels Opel) et sidérurgiques.
La dernière coalition Rouge-Verte dans un pays composé de seize Länder est ainsi tombée hier soir. Seul le Bund - la Fédération - reste aux mains de cette coalition. La CDU a obtenu 44,8%, les partis Verts et libéraux ont eu chacun environ 6,1 % tandis qu'avec 37,1 %, le SPD obtenait son score le plus faible à Düsseldorf depuis 47 ans.
Pourtant, on ne croit pas non plus que la CDU portera remède à la situation en Rhénanie-Westphalie. C'était même le candidat SPD Peer Steinbrück qui était en tête dans les sondages, face à son concurrent, Jürgen Rüttgers. C'est donc clairement le gouvernement Schröder qui a été visé dans ces élections ; toutes ses réformes - de Hartz IV à Agenda 2010 - et tous les compromis des syndicats ne peuvent empêcher que les emplois soient détruits chaque année et de plus en plus. Telle est l'impression des Allemands.
L'impact de ces élections sur le Bund à Berlin est majeur et le chancelier Schröder a annoncé des élections fédérales anticipées pour automne. La date prévu selon le calendrier législatif aurait été automne 2006. Pourtant, le gouvernement en place n'avait pas d'autres choix : la majorité au Bundesrat - le Conseil Fédéral - revenait à l'opposition même avant les élections en Rhénanie, elle est désormais consolidée à une majorité de 2/3 depuis dimanche. Or, comme le Bundesrat doit approuver toute législation, rien ne passera, et le gouvernement se trouverait condamné à l'inaction. Schröder a ainsi opté pour la fuite en avant, et ceci aussi pour sauver l'unité du Parti Social-démocrate. Ce dernier est en effet menacé d'éclater avec la formation d'un parti " à gauche de la gauche ", mené par le critique populiste du " capitalisme " et Secrétaire général du parti, Franz Müntefering. Le mécontentement des Allemands voire leur résignation bat son plein face à une crise longue d'une décennie presque. Les opinions se radicalisent et les extrémistes à gauche et à droite gagnent du terrain.
Schröder posera donc, conformément à l'article 68 de la Loi fondamentale allemande, " la question de confiance ". Si le Parlement répond majoritairement par la négative, le Président allemand Horst Köhler, pourra ainsi procéder à sa dissolution dans les 21 jours suivants, ce qui entraînera des élections anticipées. La candidate de l'opposition Angela Merkel, est donnée favorite par les instituts de sondage pour les prochaines législatives à Berlin.
Susanne Nies / Yahoo ! Actualités / 23 mai 2005
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