Nucléaire, le risque d'un retour en arrière

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La conférence d’examen du traité de non-prolifération nucléaire se tient à New York jusqu’au 27 mai. Avec 188 Etats parties, c’est un des traités les plus universels.

Entré en vigueur en 1970, il a été renouvelé pour une durée illimitée en 1995. Mais l’enthousiasme de l’époque est bien retombé aujourd’hui. L’heure ne semble plus être dans l’espoir des progrès de désarmement. L’économie du TNP, repose sur un équilibre des obligations. Les pays non-nucléaires s’engagent à ne pas acquérir d’armes atomiques. En échange, les pays qui en possèdent officiellement promettent de s’engager sur la voie du désarmement.

Mais des deux côtés de la chaîne, ces promesses ne sont pas tenues. La Corée du Nord a dénoncé le TNP il y a deux ans. C’est le premier exemple d’un pays qui est revenu sur son engagement officiel de non-prolifération. Le régime Nord-Coréen pourrait disposer de 5 ou 6 armes nucléaires et dans cette zone ultra-sensible on craint en effet des contagions sur le Japon ou la Corée du Sud. Il existe également de graves préoccupations quant au programme iranien, là aussi dans une zone hautement stratégique.

Mais les puissances atomiques ne sont guères vertueuses. Les Etats-Unis refusent de signer le Traité d’interdiction des essais nucléaires et veulent même développer de nouvelles armes nucléaires plus précises. Ils ont même abandonné leurs promesses de ne pas utiliser en premier l’arme nucléaire contre des Etats non-nucléaires. Tout cela fait dire à l’ancien Président Jimmy Carter que les Etats-Unis sont le principal coupable de l’érosion du TNP. Ici comme ailleurs les Etats-Unis se méfient des instruments multilatéraux et estiment que leur action individuelle est plus efficace.

Pourtant on peut penser que la guerre d’Irak faite officiellement au nom de la non-prolifération des armes nucléaires a plutôt encouragé celle-ci. Ainsi, c’est pour éviter le sort de Saddam Hussein que la Corée du Nord veut se doter d’armes nucléaires car ses dirigeants estiment que si l’Irak avait eu des armes nucléaires, les Etats-Unis n’auraient pas osé l’attaquer. Résultat, le régime de non-prolifération est en danger. Ces risques sont celui d’une grave crise de confiance entre pays nucléaires et pays non nucléaires, le délitement progressif du TNP et la crise du processus de désarmement multilatéral. Bref, un grave retour en arrière !

Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)

Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 10 mai 2005





Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS