L'efficacité des deux procès en cours de membres d'Al Qaïda reste hautement discutable

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Les attentats du 11 septembre 2001 reviennent dans l’actualité judiciaire avec les procès simultanés de Zacarias Moussaoui aux Etats-Unis et d’Imad Yarkas en Espagne. Barthélémy Courmont analyse ces procès.

Les attentats du 11 septembre 2001 reviennent dans l’actualité judiciaire avec les procès simultanés de Zacarias Moussaoui aux Etats-Unis et d’Imad Yarkas en Espagne, en compagnie de 23 autres membres présumés d’Al-Qaïda. Ces deux procès très médiatisés, qui marquent une nouvelle phase dans la lutte contre le terrorisme international, n’en sont pas moins très différents, notamment en raison des arguments de la défense. D’un côté, Moussaoui, citoyen français d’origine marocaine, a surpris tout le monde, en particulier son avocat et sa famille, en choisissant de plaider coupable pour son lien avec les attentats, pour lequel il est le seul inculpé aux Etats-Unis. Cela ne l’empêchera certainement pas d’échapper à la peine de mort, et c’est après être arrivé à la conclusion qu’une défense ne le mènera nulle part que le terroriste présumé a semble-t-il préféré suivre cette voie. A Madrid, Imad Yarkas, arrêté en novembre 2001, et qui risque jusqu’à 75.000 ans de prison, nie pour sa part toute implication dans les attentats terroristes, et récuse toutes les accusations dont il fait l’objet.

Si la légitimité des deux procès ne fait aucun doute, c’est leur efficacité qui reste hautement discutable, notamment en ce qui concerne l’écho auprès de populations susceptibles d’adhérer aux méthodes du terrorisme international. En plaidant coupable, Moussaoui se positionne comme un martyr de sa cause, et pourrait ainsi devenir un véritable exemple. De l’autre, en se présentant devant les juges comme un musulman partisan de la paix et opposé au terrorisme, Yarkas illustre les difficultés à juger les terroristes sans preuves évidentes, sinon des contacts entre plusieurs des personnes inculpées, qui se disent être de simples « connaissances de mosquée », mais certainement pas une organisation liée à Al-Qaïda.

Devant cet argumentaire, l’accusation se retrouve quelque peu désarmée. Ainsi, est-il possible de juger des présumés terroristes de la même manière que d’autres accusés ? N’est-ce pas parce qu’il sait la peine de mort inévitable que Moussaoui adopte ce ton ? N’est-ce pas aussi devant les difficultés à discerner les terroristes de ceux qui, de près ou de loin, les soutiennent, que se retrouvent les juges espagnols ?

La lutte contre le terrorisme est un combat de nuit. Ces procès menés au grand jour, s’ils permettent de rassurer l’opinion publique quant aux capacités des autorités à intercepter des individus malveillants, et à les faire comparaître devant la Justice, ne sont qu’une façade, et masquent souvent des réalités plus difficiles. En effet, devant l’incapacité des juges à apporter des preuves indiscutables sur l’existence d’un complot à échelle internationale, dont Oussama Ben Laden serait l’instigateur, il ne reste que des procès de vulgaires exécutants, qui ne permettent malheureusement ni de mettre à mal le risque terroriste, ni de limiter sa propagation auprès des esprits faibles, dans des zones où un sentiment d’injustice ne demande qu’à s’exprimer par la violence. Dans ces conditions, s’il est appréciable que la lutte contre le terrorisme ne se réduise pas uniquement au son des armes, on ne peut que remarquer un inquiétant décalage entre les méthodes utilisées par ces groupes radicaux, et la difficulté à y répondre efficacement et durablement.

Barthélémy Courmont est Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques).

Barthélémy Courmont / Yahoo ! Actualités / 3 mai 2005





Barthélémy Courmont
Chercheur à l'IRIS