Inde Pakistan : la paix va t-elle éclater ?

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Désormais dotés de l’arme nucléaire, les deux jumeaux ennemis engagent des discussions sur le sort du Cachemire

Inde - Pakistan : la paix va-t-elle éclater ?

Le premier ministre indien M. Vajpayee a invité son homologue pakistanais M. Musharraf à venir en Inde discuter directement du sort du Cachemire. Il serait imprudent de verser dans un optimisme excessif et de conclure que l’une des zones les plus dangereuses de la planète est en train de devenir une zone de paix. Mais comment ne pas se réjouir de l’apaisement entre ces deux géants asiatiques qui se sont déjà fait trois fois la guerre depuis leur indépendance et sont désormais dotés de l’arme nucléaire ?

L’empire britannique des Indes accède à l’indépendance en 1947 en se divisant entre l’Inde peuplée majoritairement d’Hindous et le Pakistan musulman auxquels il faut ajouter six cents petits états princiers où vivaient 80 millions d’habitants. Mais les lignes de partage entre les deux Etats ne correspondent pas aux répartitions religieuses et une guerre civile s’engage accompagnée de massacres et de déplacements massifs de populations avant même la proclamation d’indépendance. La plupart des princes se rallient à l’Inde. Le maharaja du Cachemire, qui est hindou mais où la population est majoritairement musulmane, veut rester indépendant. Des troubles internes l’obligent à demander l’aide de Delhi, qui intègre le Cachemire dans l’union indienne.

Multinationalité

Une première guerre éclate entre l’Inde et le Pakistan. Pour l’Inde, la possession du Cachemire fait partie de l’identité nationale pour donner l’image d’un pays multinational où peuvent coexister hindous, musulmans, sikhs, etc. A l’origine, l’Inde s’oppose à la création d’un Etat pakistanais estimant que les musulmans pourraient coexister dans le même état que les hindous. (Aujourd’hui les musulmans sont plus de 100 millions en Inde). Accepter l’indépendance du Cachemire aurait pour effet de stimuler les demandes de sécessions ou de séparatisme ethnique ou religieux. Pour le Pakistan, il s’agit de donner le droit aux musulmans du Cachemire de s’autodéterminer. Il s’agit de conforter l’idée – à la base de la création du Pakistan – que les musulmans doivent être protégés par l’existence d’un Etat à eux. Ce n’est donc pas simplement un territoire qui oppose l’Inde et le Pakistan, mais l’idée même qu’ils se font de leur Etat.

L’Inde va sans cesse s’opposer aux combattants cachemiris soutenus en sous-main par le Pakistan. Une nouvelle guerre oppose les deux pays en 1965 et une troisième en 1971. Elle voit le Pakistan être amputé du Bangladesh. Malgré son statut de leader des pays non alignés, l’Inde s’appuie sur l’URSS tandis que le Pakistan compte sur les Etats-Unis et la Chine.

Les deux jumeaux ennemis se livrent dès lors à une course effrénée aux armements et tentent par tous les moyens de se doter de l’arme nucléaire. Le déclenchement de la guerre d’Afghanistan en 1979 est une aubaine pour le Pakistan, qui devient le point d’appui américain dans la région et voit se déverser une aide importante. La fin de la rivalité soviéto-américaine change la donne. Le Pakistan devient moins utile à Washington. L’Inde libéralise son économie et représente un marché et un enjeu beaucoup plus important. L’écart s’est en effet creusé entre les deux pays. New-Delhi surclasse Islamabad dans tous les domaines. Politiquement elle se présente comme la plus grande démocratie du monde (avec un milliard d’habitants) alors que le Pakistan (146 millions d’habitants) est de nouveau dirigé par des militaires et est accusé de soutenir les peu présentables Talibans en Afghanistan. Economiquement, l’avantage est clairement à l’Inde, le PNB indien est de 320 milliards de dollars celui du Pakistan seulement de 60.

L’armée indienne compte 1,2 millions de soldats et son budget est de 11 milliards de dollars contre 600 000 hommes et 2,7 milliards au Pakistan. Le Pakistan qui a perdu une grande partie de son intérêt stratégique se sent abandonné et connaît une sérieuse crise économique.

Dissuasion nucléaire

L’Inde, pour sa part, réclame un siège de membre permanent du Conseil de Sécurité et estime être la sixième grande puissance mondiale. Elle entend désormais non plus se comparer au Pakistan mais à la Chine. En mai 1998, à la stupeur générale, les deux pays ont procédé a des essais nucléaires.

Le monde a frémi : que se passerait-il si la prochaine guerre indo pakistanaise n’était plus « seulement » conventionnelle mais se faisait à coup d’armes atomiques ? Cette officialisation de leurs capacités nucléaires les conduit paradoxalement à plus de prudence dans leurs comportements. Ils savent désormais qu’il y a une ligne rouge a ne plus franchir. Au printemps 1999, de nouveaux affrontements ont lieu au Cachemire mais très rapidement le Pakistan doit cesser son aide aux insurgés. L’an dernier l’Inde a proclamé un cessez-le-feu unilatéral comprenant que l’attitude parfois brutale de son armée n’avait pour effet que de renforcer l’opposition des musulmans du Cachemire. Le Pakistan a besoin de sortir de son isolement et les Indiens comprennent qu’ils n’ont pas intérêt à pousser le Pakistan au désespoir.

Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS