La Libye, un régime avec lequel il faut compter

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Interview de Kader Abderrahim, chercheur spécialiste du Maghreb à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques, après que les infirmières bulgares, retenues prisonnières en Libye pendant huit ans, ont été libérées et ramenées à Sofia dans l'avion de la présidence de la République française…

Nicolas Sarkozy s'est impliqué largement dans la crise des infirmières bulgares en Libye. N'est-il pas surprenant que la France, dont aucun ressortissant n'était concerné par la crise, ait participé aux négociations?

Non, Nicolas Sarkozy ne fait que suivre la politique du gouvernement précédent alors que l'ancien ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, s'était engagé à prendre en charge les enfants libyens malades du sida.

Au début de la crise, c'est un Français, le professeur Luc Montagnier, co-découvreur du VIH, qui avait été sollicité par la Libye pour faire un rapport - finalement abandonné - sur l'inoculation supposée du virus du sida aux enfants. Par contre, la visite de Nicolas Sarkozy en Libye est une nouveauté alors que Jacques Chirac ne s'est jamais rendu dans ce pays, longtemps isolé par un embargo. Le président de la République va donc tenter de tirer les bénéfices du dénouement de cette crise.

Quels bénéfices politiques Nicolas Sarkozy espère-t-il récolter?

Tout d'abord, il entend devenir un partenaire incontournable au sein de l'Union européenne. Il souhaite également faire de la Libye un allié important pour mettre en place son projet d'union avec la Méditerranée. Autre atout : Tripoli, qui investit massivement en Afrique, notamment au Tchad, est un régime avec lequel il faut compter en Afrique de l'Est. Il pourra donc servir d'interface entre la France et ces pays, notamment pour réguler l'immigration.

Et sur le plan économique?

La France a beaucoup de produits à vendre à la Libye, un pays qui sort d'un embargo de dix ans et qui a des installations obsolètes. Alors que l'Italie y est déjà très implantée dans la construction de routes, d'hôpitaux et d'écoles, et l'Allemagne dans l'industrie lourde, la France peut vendre des usines de traitement de déchets ménagers ou de dessalement d'eau. On dit aussi que Paris a l'intention de vendre des armes et sa technologie nucléaire civil alors qu'Areva est présent en Libye depuis plusieurs années. Mais les relations commerciales franco-libyennes resteront industrielles et non énergétiques. La France ne va pas acheter beaucoup de pétrole à Tripoli alors qu'elle a noué un partenariat gazier et pétrolier avec l'Algérie. Nicolas Sarkozy ne souhaite pas braquer Alger.

Kader Abderrahim par Alexandre Sulzer / 20 Minutes / 24 juillet 2007



Kader Abderrahim
Chercheur associé