Pour peser dans le monde la France doit faire alliance

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La politique étrangère sera-t-elle déterminante dans cette élection ?

A priori non car les Français se déterminent d'abord sur un choix de société. Mais il ne faut pas négliger deux facteurs. Primo, l'éventualité d'un écart de voix très faible qui rendra les thèmes internationaux déterminants. Deuzio, on ne gagne pas forcément l'élection sur ce terrain mais on peut l'y perdre, car on va élire celui qui porte la voix du pays dans le monde et il est question de fierté.

L'électeur perçoit-il les enjeux internationaux ?

Oui, les Français ont une conscience aiguë des enjeux de la mondialisation qui touche de plus en plus leur vie quotidienne. Et ils sont en relation avec le monde par des canaux de plus en plus variés : tourisme, action de solidarité, échanges d'étudiants, mais aussi irruption de faits dramatiques comme l'arrivée des " boat people " africains.

L'action de Jacques Chirac a-t-elle aidé cette pris de conscience ?

Oui, au sens où les Français se sont largement reconnus dans l'attitude du président sur le thème crucial de l'Irak, une position qui l'a rendu populaire à travers le monde, et qui n'était pas arrogante, comme certains l'ont dit, mais intelligente. Plus largement, Chirac a refusé une approche " occidentalo-centriste ". On peut en revanche, lui reprocher l'accident du non au référendum sur l'Europe. Cela dit, il faut éviter l'erreur consistant à penser que le président peut à lui seul modifier le cours des choses.

La France est-elle devenue une puissance " moyenne " ?

Que sont poids relatif soit en recul, c'est évident. Mais ce terme de " puissance moyenne " ne veut pas dire grand chose. Et je refuse d'entonner le refrain des " déclinologues ". La France n'est pas sur le déclin, elle est en panne. En revanche, c'est un des rares pays à être une puissance et donc à pouvoir exprimer son opinion sur la plupart des sujets avec une certaine légitimité.

Que suggérez-vous au (à la) futur(e) président(e) ?

De faire des coalitions. Car si la France veut agir seule, son impuissance est évidente. Notre pays a un avantage : un vécu global et un message universel. Si la France rejette l'illusion de l'unilatéralisme, elle est capable d'entraîner les autres. Elle est mobile car son positionnement est plus légitime que d'autres. Les Etats-Unis sont aveuglés par leur propre puissance et souffrent d'inhibition au Proche-Orient ; l'Angleterre est perçue comme son satellite ; l'Allemagne est encore gênée par son passé.

Ne faut-il pas d'abord resserrer le lien avec l'Allemagne ?

Bien sûr, car elle partage notre souci d'autonomie. C'est grâce au soutien allemand que la France a pu tenir ses positions sur l'Irak. Et la relance européenne, absolument prioritaire, passe par l'axe Paris-Berlin. Mais attention : il est impossible de s'en contenter pour faire avancer l'Europe, et le futur locataire de l'Elysée doit impérativement accentuer la coopération avec les autres pays européens.

Unie ou seulement coalisée, que peut l'Europe ?

Beaucoup. Elle seule peut agir dans le dossier crucial du Proche-Orient. Tony Blair propose une direction nette quand il met en tête de l'agenda international. Le conflit entre Israël et la Palestine est un obstacle à la stabilisation de l'Irak, mais aussi la matrice du terrorisme. Réussir la paix à Jérusalem permettrait de neutraliser l'argument selon lequel il y aurait " deux poids deux mesures " dans les relations internationales. Si la France veut peser, elle doit reprendre le dossier au niveau européen pour relancer le projet de conférence internationale sur le sujet.

Comment aborder le rapport avec l'Amérique ?

En le renouvelant, car c'est notre relation bilatérale la plus importante. On doit espérer du futur président qu'il ait le courage d'assumer nos valeurs et de dire clairement aux Américains ce que le monde attend d'eux, à savoir que leur puissance leur donne des droits mais autant d'obligations vis-à-vis de la communauté internationale. J'ajoute que la France peut parfaitement trouver des terrains d'entente avec une future administration américaine. Notamment sur les défis globaux auxquels nous sommes confrontés : je pense notamment à l'excellente idée d'" ONU de l'environnement ".

Pascal Boniface vient de publier “Lettre ouverte à notre futur(e) Président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde” (A. Colin).

Pascal Boniface par Christophe Lucet / Sud Ouest Dimanche / 15 avril 2007



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS