« La visite de Nancy Pelosi en Syrie »

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3 questions à... Barah Mikaïl, chercheur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de la politique américaine au Moyen-Orient .

Pourquoi Nancy Pelosi veut-elle rencontrer Bachar el-Assad ?

En tant que présidente du Parlement américain, Nancy Pelosi a vocation à se déplacer et à s'exprimer à l'international, avec un double objectif. D'une part, elle veut montrer que, en tant que démocrate, elle croit davantage aux tractations diplomatiques qu'aux options militaires et à leurs limites telles qu'elles continuent à prévaloir en Irak.

D'autre part, elle veut insister sur le fait que les choix de l'Administration Bush sont loin d'être partagés par l'ensemble des Américains. On peut donc déceler dans cette visite en Syrie un début de campagne présidentielle américaine avant l'heure. Il faut noter cependant que Nancy Pelosi arrive directement du Liban et d'Israël: elle veut montrer qu'une présidence démocrate pourrait contribuer à un rapprochement prometteur pour les gouvernements de la région.

Pourquoi l'administration Bush refuse-t-elle tout contact avec la Syrie ?

L'Administration Bush s'était démarquée de Damas lors de l'invasion de l'Irak de mars 2003. A l'époque, les pressions américaines devaient empêcher l'ingérence de la Syrie dans les affaires irakiennes et son soutien aux formations armées palestiniennes, en Syrie et dans les Territoires palestiniens. Damas a refusé d'obtempérer; le président Bush a donc signé quelques mois plus tard le Syria Accountability Act, qui prévoit des sanctions progressives. Mais c'est surtout l'adoption par l'ONU de la résolution 1559, qui demandait un retrait syrien du Liban, puis l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri, qui ont permis à Washington de ranger définitivement Damas dans la catégorie des Bad boys. Leurs derniers contacts sérieux datent du début 2005. Depuis, c'est plutôt la rhétorique menaçante qui a pris le dessus, de manière plus ou moins violente suivant les périodes. Mais on ne peut non plus exclure que l'Administration Bush veuille en finir avec le dernier régime officiellement panarabe de la région.

Est-ce qu'on se dirige vers deux années de blocage diplomatique à cause du partage du pouvoir entre démocrates et républicains ?

Tout est ouvert, rien n'est exclu. Il ne faut pas oublier que le président américain garde, du fait de ses prérogatives, un nombre considérable de cartes en main. Dès lors, de deux choses l'une: soit l'Administration Bush décide de passer outre les recommandations et dispositions anti-guerre adoptées par le Congrès américain, et elle joue le tout pour le tout. Soit elle décide d'apprendre de ses erreurs irakiennes, et elle continue tout au plus à développer une rhétorique menaçante mais qui ne se traduirait pas sur le terrain. Dès lors, la fenêtre pourrait rester ouverte pour ce qui relève des tractations diplomatiques. Mais je vois mal comment l'Administration Bush, si elle venait à s'assouplir, pourrait reprendre des contacts avec les Syriens autrement que par des canaux secondaires, discrets, voire entièrement secrets.

Barah Mikaïl par Anne-Gaëlle Besse / Nouvelobs.com / 4 avril 2007



Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS