
Adoptée en 2002 à Beyrouth par la Ligue arabe, l'initiative saoudienne en faveur de la paix au Proche-Orient resurgit. Entretien avec Barah Mikaïl, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).
Quelles sont les grandes lignes de «l'initiative de paix» adoptée par la Ligue arabe en mars 2002 ?
Ce qu'il faut retenir principalement de cette initiative, c'est l'engagement pris à cette occasion par les pays arabes de normaliser leurs relations avec l'Etat hébreu, ceci en échange d'un retrait de l'armée israélienne de la totalité des territoires arabes occupés et d'un retour aux frontières d'avant juin 1967. Toutefois, cette déclaration ne définit pas les étapes politiques concrètes pouvant conduire à l'établissement d'une paix effective au Proche-Orient. Il est par ailleurs important de préciser que cette initiative a été adoptée sous l'impulsion des Saoudiens qui, quelques mois après le 11-Septembre, ont aussi souhaité montrer aux Etats-Unis qu'ils occupaient une place incontournable sur l'échiquier diplomatique proche-oriental, notamment en ce qui concerne la promotion de la paix.
Le rejet par Israël de cette initiative est-il lié au contexte dans lequel elle est intervenue, à savoir celui de la seconde Intifada ?
Le rejet d'Israël n'est pas motivé par la seconde Intifada. Il est avant tout la traduction d'une différence d'approche entre Israéliens et Arabes. Ces derniers ont établi un lien de causalité entre la rétrocession des territoires occupés et l'établissement de relations normales avec l'Etat hébreu. De leur côté, les Israéliens considèrent qu'il n'y a pas de rapport de cause à effet entre les deux et ont indiqué qu'ils préféraient négocier la donne territoriale indépendamment de la paix.
Comment expliquer ce regain d'intérêt en faveur d'une initiative vieille de cinq ans, notamment de la part des Etats-Unis ?
Les Américains ont besoin de se rapprocher des diplomaties arabes, plus particulièrement de la diplomatie saoudienne. Par conséquent, ils ont tout intérêt à s'appuyer sur une proposition qui corresponde aux attentes de ces dernières. Cependant, les Etats-Unis ont aussi fait savoir qu'il existait peu de chances de parvenir à un retour aux frontières d'avant juin 1967. Cette initiative constitue pour eux une base de départ qu'ils comptent bien recalibrer.
Barah Mikail / Direct Soir / 23 mars 2007
 Barah Mikaïl
Chercheur à l'IRIS
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