
Y a-il un double langage de la part de la France ?
Jacques Chirac a plus parlé comme un expert que comme un dirigeant d'Etat. Dans le discours diplomatique officiel, ce sont des choses qui ne se disent pas. Car cela pourrait donner l'impression de minimiser le danger nucléaire iranien. Chirac a fait, en quelque sorte, de la politique fiction, mais ce qu'il a dit ne signifie pas que la France accepterait de voir l'Iran se doter de l'arme nucléaire. Simplement, de nombreux experts stratégiques estiment que, si tel était le cas, la dissuasion jouerait à l'égard de l'Iran.
C'est-à- dire ?
Aucun pays ne peut attaquer un autre pays qui a la bombe atomique, car il s'exposerait à des représailles. Israël possède deux cents têtes nucléaires, et avant que Téhéran ait les moyens de l'inquiéter, il pourrait riposter en détruisant les grandes villes. Elle s'appliquerait à un Iran nucléaire, sauf à penser que les Iraniens sont totalement irrationnels et qu'ils veulent la fin du monde.
Cet impair peut-il laisser des traces ?
Une partie de la presse américaine et israélienne va sans doute y voir la preuve supplémentaire que la France manque de fermeté à l'égard de l'Iran. Mais, côté officiel, les Etats-Unis n'ont aucun intérêt à mettre l'accent là-dessus, car ils créeraient eux-mêmes une brèche dans le camp occidental.
C'est une bourde à la Ségolène Royal ?
C'est moins une gaffe qu'un piège. Chirac croyait parler " off ", et on publie ses propos. La vraie question est de savoir si un officiel peut encore réfléchir à haute voix …
Pascal Boniface est directeur de l'Iris, il vient de publier " Lettre ouverte à notre futur(e) président(e) de la république sur le rôle de la France dans le monde ".
Pascal Boniface par Henri Vernet / Le Parisien / 2 février 2007
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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