Le risque est celui d'un réseau mondialisé de dissémination

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Quel est le degré de gravité de l'explosion nucléaire coréenne ?

Il est peu important sur le plan technologique, mais politiquement très grave. Quatre ans après avoir expulsé les inspecteurs de l'AIEA, Pyongyang a dévoilé la faillite de ses adversaires : de George Bush, évidemment, mais encore plus de Pékin, où les conversations n'ont mené à rien, du Japon et de la Corée du Sud. A l'époque, on a dit que la Corée du Nord détenait de quoi fabriquer 2 à 6 bombes, sans savoir si elle pouvait transformer le plutonium en engin explosif. Maintenant, on sait ! A-t-elle reçu les plans d'une arme chinoise que (le Pakistanais) Abdul Qadeer Khan avait vendus à la Libye ? Possible. Reste qu'un pays peut accéder à l'arme nucléaire sans que rien ne lui advienne. C'est très "positif" pour Ahmadinejad !

Pyongyang peut-il être un nouveau vecteur de dissémination nucléaire ?

Les Nord-Coréens ont produit leur plutonium tout seuls. Pour en fabriquer, il faut un réacteur et des sites de retraitement. Ces bâtiments, caractéristiques, sont vite repérés par satellite. Les centrifugeuses, en revanche, sont infiniment plus difficiles à détecter. Le vrai risque est la mise en place d'un réseau mondialisé de dissémination du type de celui de Khan. Son réseau répartissait les tâches entre acteurs de divers pays. Mais il passait des ordres avec ses clients sans compromettre aucun Etat directement. Khan neutralisé, on peut craindre qu'un autre copie son montage.

Quelles sont les conséquences pour le traité de non-prolifération ?

Le risque majeur est la montée d'un nationalisme nippon qui dira : "Pourquoi devrions-nous nous interdire de fabriquer la bombe ?" Le même discours peut monter en Corée du Sud, et sotto voce à Taïwan. Si Tokyo se retirait du TNP (traité de non-prolifération) en invoquant l'article relatif à la "menace pour les intérêts vitaux de son pays", il serait dans son droit. Les Etats signataires l'ont fait en considérant que ce traité les protégeait de leurs voisins. Si ce n'est plus le cas, beaucoup vont réfléchir.

Le Brésil a lancé des travaux d'enrichissement. L'Egypte veut s'y mettre. Face à l'Iran, que fera la Turquie ? Les centrifugeuses vendues à la Libye venaient de Malaisie. Khan a-t-il pu lui vendre des technologies ? Que fera ce pays ? Et son voisin birman ? Pris séparément, nombre de pays ont de "bonnes raisons" de vouloir la bombe. Or elle se fabrique au détriment de l'humanité. Si un le fait sans que rien n'advienne, la porte peut s'ouvrir à une dissémination galopante.

Georges Le Guelte par Sylvain Cypel / Le Monde / 12 octobre 2006