
L'extrême droite s'affiche clairement dans les manifestations de Budapest depuis dimanche ? Qui est-elle ? Quelles sont ses revendications ?
L'extrême droite hongroise se compose de plusieurs mouvements qui regroupent quelques milliers de personnes au total. C'est d'abord et principalement le Parti de la vie et de la justice hongroise (MIEP) dirigé par Istvan Csurka. Ce parti, fondé en 1993, est le seul à avoir une expérience politique - 14 sièges au Parlement en 1998.
C'est aussi le seul à avoir une représentation dans l'ensemble des régions, une télévision et une radio. Il y a ensuite le Parti des 64 comtés ou HVIM (mouvement de jeunesse des 64 comtés de la Hongrie historique), présidé par Laszlo Toroszkai. Cette formation, qui n'a jamais réussi à obtenir de représentation politique, est un mouvement ultranationaliste et antieuropéen, qui se prépare, semble-t-il, aux élections municipales du 1er octobre. Enfin, il y a le mouvement skinhead représenté dans les émeutes de Budapest par des hooligans de clubs de football.
La mouvance d'extrême droite était plutôt déclinante ces dernières années. Ils ont perdu tous leurs mandats parlementaires aux législatives de 2002. Comment expliquez-vous sa présence dans les rues de Budapest ?
C'est trop tôt pour dire qu'il s'agit d'une instrumentalisation de l'extrême droite par la droite conservatrice (Fidesz de Viktor Orban). Mais ce qui est certain, c'est que le parti de M. Orban regarde faire et compte bien tirer les marrons du feu. C'est très surprenant de voir un parti sorti de nulle part - HVIM -, en tête des manifestations.
Les populistes ont renforcé leur représentation politique en Pologne, en Slovaquie. S'agit-il d'une crise régionale ?
Il y a toujours eu persistance de courants ultranationalistes dans ces pays. Mais on a un énorme problème de classification des partis. Les lignes sont brouillées dans tous ces Etats où les mouvements qui ont combattu les Soviétiques ont une aura de libérateurs. Là ou il y a crise, c'est en réaction à l'Union européenne et pas seulement en termes économiques, mais aussi identitaires.
Jean-Yves Camus par Anne Rodier / Le Monde / 21 septembre 2006
 Jean-Yves Camus
Chercheur associé
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