Le Hezbollah est solidaire du Hamas

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Peut-on parler d'une logique de guerre au Proche-Orient ?

C'est une escalade militaire et verbale très alarmante. Il y a à la fois une intensification militaire et une extension géographique, puisque le front libanais, qui était calme depuis 2000, s'embrase à nouveau. Et on constate un nombre de morts israéliens inhabituel dans ce type d'opération.

Pourquoi le Hezbollah choisit-il d'agir maintenant ?

Il partage une solidarité idéologique avec le Hamas. Tous deux ont un ennemi commun : Israël. Devant la dégradation de la situation à Gaza, et face à un laisser-faire de la part de la communauté internationale, le Hezbollah a senti qu'un espace militaire et politique s'ouvrait à lui. L'apathie internationale a provoqué colère et frustration dans l'opinion arabe. Et devant l'impuissance des pays arabes, le Hezbollah saisit l'occasion d'apparaître comme le seul rempart contre Israël. Son action paraît légitime aux yeux de nombre de Libanais et d'Arabes.

Que représente exactement le Hezbollah ?

C'est à la fois un parti libanais, autonome, avec son propre agenda, et un mouvement avec des liens historiques, idéologiques et religieux avec l'Iran. Pour autant, on ne peut pas dire qu'il reçoit ses ordres de Téhéran. Ce n'est pas la marionnette des mollahs.

Dispose-t-il de moyens militaires importants ?

Oui, parce qu'il n'a pas été désarmé, contrairement aux autres milices libanaises. Ce sont des moyens importants à l'échelle de la région, permettant de mener une stratégie de guérilla et de harcèlement en tirant des roquettes et en enlevant des soldats. Il dispose d'un grand nombre de miliciens, mais est incapable d'attaquer massivement Israël.

Quels sont ses liens avec le Hamas ?

Le Hamas n'est pas chiite, mais sunnite, et se veut avant tout un mouvement palestinien. Il refuse d'apparaître comme un mouvement dirigé de l'extérieur. Il revendique une autonomie politique, agit en fonction des besoins de la population palestinienne.

Jusqu'où la situation risque-t-elle de déraper ?

Etant donné la situation en Irak, le danger iranien et la fragilité des régimes dans la région, une intervention militaire israélienne au Liban reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore. Peut-être le Hezbollah, cherche-t-il à contraindre les Etats-Unis à intervenir, modérer Israël. On peut penser que le téléphone entre Washington et Tel-Aviv fonctionne à plein, désormais.

Comment analysez-vous l'attitude israélienne ?

Ce qui est dramatique, c'est qu'Ehud Olmert donne l'impression de ne pas être suffisamment légitime pour imposer des décisions politiques à l'état-major. Quant à Amir Peretz, qui avait suscité l'espoir en devenant le premier non-militaire à la tête du Ministère de la défense, il semble être davantage dirigé par l'armée qu'il ne la dirige lui-même. Du coup, la tentation de l'escalade prévaut. Il faut une intervention américaine pour inverser la tendance.

Et la France ?

Elle est en retrait. On était habitué à la discrétion de l'Europe au Proche-Orient, mais pas à celle de la France.

Pascal Boniface par Henri Vernet / Le Parisien / 13 juillet 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS