
L'enlèvement d'un soldat israélien dimanche 25 juin près de Kerem Shalom, revendiqué par la branche armée du Hamas, vise-t-elle à mettre en évidence le manque d'autorité de Mahmoud Abbas dans les territoires palestiniens ?
Je ne pense pas que ce soit la motivation première des ravisseurs. On a bien compris, depuis le début du mois de juin, que l'on assiste à une reprise des activités militaires de la part des deux parties, Israël et les groupes armés palestiniens. Notamment depuis le 9 juin, lorsqu'un bombardement de Tsahal a conduit à la mort d'une famille sur une plage de Gaza. Je pense simplement que nous sommes entrés dans une nouvelle période de tensions militaires, mais il ne me semble pas que le but premier de cette attaque - qui selon mes informations a été menée par la branche armée du Hamas, mais pas seulement - était de mettre en porte-à-faux l'autorité de Mahmoud Abbas. En revanche, il s'agit là d'une conséquence indirecte de cet épisode. J'en veux pour preuve les déclarations du vice-Premier ministre du Hamas qui a appelé à la libération immédiate du soldat enlevé. On peut estimer qu'il s'agit d'un double langage, mais je crois qu'il est plus prudent de se replacer dans le contexte de tension actuel pour expliquer cette attaque.
Cette attaque met-elle en péril le début de rapprochement Hamas-Fatah initié lors de la rencontre entre Mahmoud Abbas et Ismaïl Hanniyeh, samedi 24 juin à Gaza ?
Incontestablement. Au moment où l'on assiste à un début de rapprochement entre les deux parties, comme par hasard, un groupe armé palestinien attaque un poste frontière et enlève un soldat israélien. C'est peut être le cas, mais je crois peu au hasard, surtout dans cette région. Même si les déclarations des responsables du Hamas et du Fatah vont dans le même sens, cette situation ne favorise pas le dialogue entre les deux organisations. Mahmoud Abbas peut, par exemple, exiger la libération de ce soldat israélien avant de revoir Ismaïl Hanniyeh. On est dans la surenchère. Aujourd'hui, le processus de rapprochement est conjoncturellement cassé par l'enlèvement de ce soldat israélien. On peut imaginer que des groupes mal contrôlés ont pris l'initiative de cette attaque pour prouver que le rapprochement entre le Fatah et la Hamas ne va pas dans le bon sens, ou du moins, pas dans le sens qu'ils souhaitent.
L'intervention des services diplomatiques français dans cette affaire a-t-elle un poids ? Peut-elle permettre d'obtenir la libération du soldat israélien enlevé ?
Tout le problème de cette situation, c'est qu'il va falloir que les services diplomatiques français trouvent un interlocuteur. Mais on ne sait pas qui représente les brigades Ezzedine al-Qassam (la branche armée du Hamas), les Comités de résistance populaire et ce groupe inconnu, l'armée de l'Islam, qui ont, a priori, organisé conjointement cette opération. Ceci dit, si les services diplomatiques français travaillent en bonne entente avec leurs homologues palestiniens et israéliens, cela pourrait favoriser la libération heureuse de Gilad Shalit (le soldat israélien enlevé, ndlr). Et je leur fais confiance sur ce point. La diplomatie française dispose d'une bonne connaissance de ce genre de situation dans la région. Le maître-mot dans cette affaire est la collaboration avec les parties impliquées. Le fait que Gilad Shalit ait la double nationalité, israélienne et française, peut en outre, donner du poids à une intervention française pour obtenir sa libération.
Didier Billion, Directeur adjoint de l'Institutdes relations internationales et stratégiques (IRIS) et Directeur d'étude, spécialiste du Proche-Orient. Il vient de publier «L’Enjeu turc» aux éditions Armand Colin.
Didier Billion par Clément Moulet / Nouvel Obs.com / 26 juin 2006
 Didier Billion
Directeur adjoint à l'IRIS
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