Un risque de quatrième guerre mondiale

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Pascal Boniface, directeur de l'IRIS vient de publier «Vers la quatrième mondiale ?» (Ed. Armand Colin).

Quelle est cette «quatrième guerre mondiale» que vous semblez redouter ?

La quatrième guerre mondiale, c'est le scénario catastrophe dans lequel l'administration Bush nous entraîne, avec une politique basée sur un diagnostic erroné. La guerre contre le terrorisme est dangereuse. Au contraire d'une guerre traditionnelle qui s'achève lorsque l'ennemi capitule, c'est une guerre sans fin. Ce qui donne un discours schizophrène : Bush dit qu'il n'arrête pas de gagner pour justifier cette guerre, qui est également " longue et difficile " pour justifier la mobilisation. A la manière de pompiers pyromanes, Bush et son équipe alimentent le feu du terrorisme qui nourrit leur politique.

Finalement, le choc des civilisations s'installe alors même qu'on cherche à le combattre…

Oui, à l'image d'une prophétie qui se réalise elle-même a posteriori. Plus la théorie du choc des civilisations est critiquée et rejetée, plus elle se met en place. George W. Bush justifie sa politique en affirmant qu'il n'est pas l'ennemi des musulmans. Mais c'est ainsi qu'il est perçu dans le monde musulman.

Pourtant, il faut bien combattre le terrorisme…

Pour combattre le terrorisme, il faut le comprendre. Comprendre, ça ne veut pas dire excuser cette impasse morale et politique. Mais il faut réfléchir sur l'hostilité du monde musulman à l'égard de l'Occident. Or il est réducteur de dire que l'Islam est plus violent que les autres religions. Il n'a rien à voir à ce que je sache dans les deux guerres mondiales, la Shoah, les goulags, les génocides au Cambodge , au Rwanda…

Justement comment expliquez-vous le terrorisme ?

Le terrorisme, contrairement à ce que l’on pense, n'est pas lié à la misère, sinon on le retrouverait en Haïti ou en Afrique. Le terrorisme, c'est le sentiment d'injustice associé à une impression de ne pas être pris en compte, d'être rejeté. Ainsi, Abou Ghraib est une cause du terrorisme : les Etats-Unis sont alors apparus comme l'ennemi du monde musulman. Les photos de torture ont jeté la haine. Et pourquoi les Palestiniens sont-ils devenus des terroristes au cours des dernières décennies? C'est parce que les condamnations d'Israël à l'ONU sont restées sans conséquence. Le terrorisme, c'est l'arme du faible.

La volonté américaine de créer un Grand Moyen Orient démocratique semble pourtant vertueuse ?

On ne peut qu'être d'accord avec les Etats-Unis pour répandre dans le monde la démocratie. Le problème, c'est que l'administration Bush défend les droits de l'Homme dans certains pays, et s'accommode en même temps de certains régimes comme la Libye du Colonel Khadafi… Il faut donc surtout soutenir la politique américaine ! On ne peut pas promouvoir la liberté et organiser Guantanamo et Abou Ghraib. On ne peut pas brandir la démocratie et sous-traiter la torture dans certains pays comme le fait la CIA.

Elections en Irak et au Proche-Orient : les Etats-Unis ont-ils changé de politique ?

Ils ont plus changé de discours que de politique… La profonde erreur des Etats-Unis est de penser qu'ils sont fondamentalement vertueux et qu'ils peuvent imposer leurs vues au reste du monde. Sans réaliser que leur perception n'est pas partagée par le reste du monde. L'administration Bush a beau présenter sa politique comme un combat pour la liberté, les médias arabes présentent leurs propres images et les opinions du monde musulman sont totalement différentes. Dans ce monde globalisé, les valeurs et les références deviennent différentes et parfois même exclusives l'une de l'autre. C'es alors que l'on risque de se diriger vers la quatrième guerre mondiale…

Pascal Boniface par Thomas de Rochechouart / France Soir / 15 avril 2005




Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS