L'Ukraine sera toujours proche de la Russie

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C'est l'épilogue d'un des feuilletons politiques internationaux les plus marquants de l'année dernière. Par 373 voix pour, aucune voix contre et trois abstentions, le Parlement ukrainien a triomphalement approuvé hier, au poste de Premier ministre, Ioulia Timochenko, la porte-drapeau de la " vague orange " qui a porté au pouvoir le 23 janvier, Viktor Iouchtchenko nouveau président ukrainien. Sous le coup d'un mandat d'arrêt russe, elle aura désormais fort à faire pour gouverner un pays pris en étau diplomatique entre l'Occident et l'ancienne puissance tutélaire. Explications d'Arnaud Dubien, expert de l'Institut de relations internationales et stratégiques.

La nomination de Ioulia Timochenko au poste de Premier ministre peut-elle être interprétée comme une marque d'hostilité de la part de Viktor Iouchtchenko à l'égard de la Russie ?

L'attitude de Viktor Iouchtchenko vient tout d'abord s'inscrire en rupture avec la période Koutchma (président ukrainien sortant, ndlr), marquée par la corruption et les affaires. La nomination de Timochenko, qui représente l'aile politique radicale ukrainienne, constitue un coup de balai, un signal fort envoyé par le nouveau président. Il y a un aspect irrationnel dans la croyance que Timochenko est profondément anti-russe. Elle ne l'est pas ; elle est même issue d'un milieu russophone.

En freinant les ardeurs européennes de Kiev l'Union européenne veut-elle ménager la Russie ?

Je crois que l'UE, contrairement à l'OTAN, n'est pas un problème insurmontable pour la Russie. Cela l'obligerait certes à quelques adaptations mais Vladimir Poutine a déjà laissé entendre que cela ne le gênerait pas trop. Iouchtchenko a une logique d'apaisement et de clarification avec Moscou. Pour le reste, je pense que c'est lié au débat européen actuel, dominé par l'adoption de la Constitution et la gestion du dernier élargissement.

Après la crise ukrainienne, quel avenir ont les relations russo-européennes ?

Elles ne dépendent pas de la seule Ukraine, qui a juste rajouté aux tensions existantes. Fin 2004, les Russes ont réagi vivement contre ce qu'ils considéraient comme un complot occidental pour décrocher l'Ukraine de sa sphère d'influence. Mais l'Ukraine sera toujours proche de la Russie. D'autres dossiers, économiques notamment, permettront de normaliser la situation.

Arnaud Dubien par S.B.V. / France Soir / 5 février 2005